Révolution sur Youtube : retour au sens ?

Yo les gens, c’est Camille ! Alors, aujourd’hui, c’est un format un peu spécial, puisqu’on va parler de Youtube, et plus précisément : de la révolution culturelle qui semble s’y opérer. C’est parti !

Pour les gens avec une connexion Internet depuis les années 90, le format vidéo a d’abord été une sorte de videogag ultra-pixellisé. On a commencé par mettre des plombes à charger et à s’envoyer quelques secondes d’un StarWars kids traumatisé à vie, et pourtant, entré dans les annales. Quand Youtube a débarqué, l’ambiance était bon enfant, ça s’échangeait des vidéos Jackass et de chats qui vomissent, la BDD de What the Cut commençait à fleurir, le monde était à nous.

Naturellement avec l’amélioration de l’encodage, des espaces de stockage, de nos connexions, Youtube et toutes les autres plateformes du même genre ont commencé à devenir des outils de création, et fatalement, de monétisation.

On va accélérer, parce qu’on n’est pas dans un article bullshit pour faire du remplissage de page Wikipédia…

Nous voici donc en 2018, Let’s Play, Tuto Make-up et ASMR dominent sur Youtube

Et cette plateforme qui a vampirisé la quasi-totalité de la vidéo mondiale est devenue l’exact opposé de ce qu’elle prétendait être à l’origine : un espace de création libre et enchanteur où créateurs gambadent main dans la main avec leur public, le tout sous une pluie de royalties dûment gagnées.

Aujourd’hui, une vidéo se fait démonétiser pour la simple prononciation du nom « Hitler » – quand bien même il s’agirait d’une vidéo sur la WW2 – un téton qui dépasse, ou deux secondes d’une musique connue et sous copyright. Je ne vais pas en remettre une couche, mais les problèmes de démonétisation croissants et de propriété sur Youtube sont très largement abordés par les créateurs (ici, ou là), je vous invite à vous débrouiller.

Le fait est qu’entre la course aux vues et la course aux centimes, les créateurs sont de plus en plus tentés de faire des vidéos « qui marchent », des trucs très simples et faciles à rentabiliser. Ajoutez à cela la précarité croissante des gens et leur envie de gagner des thunes autrement qu’en se faisant chier 8h par jour dans un box, et vous obtenez les vidéos ASMR « sexy », les unboxing de jeux pour enfants et les Let’sPlay inter-minables (oui, j’ai une sainte horreur de ces formats, c’est dit)…

Mais à trop vouloir faire chier les créateurs, à trop les étrangler pour un oui ou pour un non, ils commencent à tout envoyer balader pour… se remettre à créer, et c’est l’objet de cet article !

Le CurryClub, comment remettre l’épice au centre de la tablette

Il y a plus d’un an, le youtuber Mathieu Sommet (À l’origine de « SLG »), claquait la porte de Youtube, et disparaissait dans la nature. Au bout d’une année de silence, il est revenu avec un nouveau format, totalement narratif : une série.

Racontant l’histoire de deux mecs paumés qui tentent de le retrouver pour qu’il leur apprenne les ficelles de Youtube, la série « Youtube Hero » (que je vous recommande vivement) jetait les bases d’un travail de groupe et d’une nouvelle équipe. Cynisme, mise en scène, dialogue au poil, anticipation, critique sociétale ; tout ce que contenait cette minisérie se retrouvera plus tard dans le grand projet CurryClub, une bande de créateurs et de professionnels de l’audiovisuel qui proposent des mini-formats narratifs coup de poing.

En gros, et pour faire simple : le Black Mirror à la Bretonne, mais ça n’engage que moi.

marketing responsable

Cette idée de vouloir faire autrement, de raconter d’autres choses prend peu à peu racine sur Youtube. À l’heure actuelle, CurryClub ne dégage que 3k€ par mois, ce qui est loin d’être suffisant pour rémunérer les équipes.

Récemment, le groupe a accepté de se faire sponsoriser par une marque. Alors oui, pas de placement de produit, etc… Mais, et c’est là qu’on observe un tournant, il ne s’agit pas d’une boîte de casque gaming ou d’une boisson énergétique : c’était NordVPN qui venait les soutenir. Le choix est éminemment politique.

Vouloir sortir du système de monétisation par Youtube, avec les obligations de Youtube, est un début de reprise de liberté et de conscience. Les contenus sont clairement engagés, les équipes et le marketing suivent le même chemin. Le choix se fait jusque dans les publicités qui accompagnent le format. Et concrètement ? Concrètement ça donne quelque chose qu’on attendait depuis un bail sur la plateforme.

 

Avec Studio4, la télévision aussi se met au Youtube-créatif

De son côté, France Télévision co-produit la chaîne Studio 4 qui propose plusieurs web-séries. Personnellement, je ne regarde actuellement que « Preview », car j’aimais déjà énormément le travail Bertrand Usclat notamment avec « Yes ».

Pourquoi je parle de Preview après CurryClub ? Parce que la démarche artistique est la même. Le fonctionnement n’a rien à voir, mais le constat de départ se confond : Youtube est devenu de la merde pour pleurnichards qui veulent pouvoir dire « Preums » en commentaire. Et c’est, peu ou prou, sur cette constatation que s’ouvre l’histoire du personnage principal de Preview, Arthur, célèbre Youtuber qui n’a plus publié de contenu sur sa chaîne depuis des mois, et qui est en perte de sens. On voit un mec pris au piège de son format et des attentes du public péter un plomb, jusqu’à ce qu’une mystérieuse – et non moins creepy – Intelligence Artificielle fasse sa grande arrivée dans sa vie.

Preview est là aussi une critique du système créatif actuel, sur fond SF d’anticipation. Le genre à te faire réfléchir, mettre mal à l’aise, glacer, et kiffer. Foncez, parce que c’est génial.

Collapse du pouce bleu

Soyons réalistes : la société est très loin d’être faite pour faciliter la création artistique libre, pleine d’une pensée politique libre et assumée. La vague du « ni-ni » dans les urnes pousse clairement les biberonnés de la startupnation à revendiquer des profils et activités sur les réseaux dépourvus de tout engagement, de toute prise de position, et de toute aspérité pouvant les amener à devoir défendre une idée.

Aujourd’hui, on consomme, et de préférence sous blister. Si c’est pas vendu sur Amazon, alors c’est pas fiable (et oui, je vends mon livre sur Amazon, précisément).

On ne va donc pas voir soudain des mini-séries fleurir de partout, des chaînes donnant du sens, tout simplement parce que ça ne se monétise pas, et qu’il faut bien bouffer. Si les trucs les plus spirituels et humains qu’on peut trouver très largement sur le Web tournent autour du développement personnel, c’est bien parce que la créativité et le risque à réfléchir sur l’imaginaire n’intéressent plus grand monde.

On cherche à savoir de quoi notre nombril est fait, et plus de quoi nos pensées se tissent.

Et ça n’est pas en étouffant financièrement les créateurs et créatrices de contenus, qu’on va pouvoir garder sur pieds une Culture.

Mais qui ça intéresse au pays du ROI ? Quelques personnes, encore… Et heureusement ! Il y a encore des gens qui ont autre chose que leur « success story » à vous raconter, des gens qui ont encore autre chose que leur égo à vous vendre. Il existe encore des personnes qui vont oser sortir du film plastique pour recommencer à vous faire goûter des choses.

À titre personnel, je pense que cette nouvelle vague un peu punk n’est pas anodine, qu’on la voit dans de nombreux domaines autres que la création, justement, et qu’elle fait directement écho au durcissement et à l’uniformisation de la masse. Cependant, à titre personnel une fois encore, je crains que cela ne soit pas suffisant face au rouleau-compresseur du MOI avec filtres et emojis.

En attendant, je voulais vous partager cette réflexion et ces découvertes, parce qu’il se passe quelque chose, et qu’il faudrait l’encourager. Alors, matez ces deux chaînes, lâchez des commentaires, partagez leur travail, et laissez tomber les gurus et autres influenceurs creux et sans créativité.

 

 

 

Image à la une d’après une photo de Rachit Tank

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

3 Comments

  1. 19 décembre 2018
    Reply

    Je suis un petit peu un ornithorynque dans l’histoire, étant donné que si je produis des vidéos, je n’en consomme somme toute que très peu.

    J’ai cependant l’impression que YouTube, comme beaucoup de plateformes centralisées, ont un impact sur le contenu qu’on y place. Entre les facéties-pas-drôle des robocopyrights, les exigences de la monétisation, les pubs qu’on nous rajoute à la sauvage et les variations d’algorithme, c’est un peu le bordel.

    J’ai l’impression que, de façon générale, les créateurs ont, ces dix dernières années, été victimes d’une arnaque de type « bait and switch »: on les a attirés sur les plateformes centralisées avec la promesse de liberté de création, de gloire et de fortune, et, depuis quelques temps, la vis se resserre de plus en plus sur tous ces éléments.

    Je pense de plus en plus qu’il faut, sinon les fuir, tout au moins aller regarder ailleurs – Peertube et autres alternatives, pour les vidéos. Et même ainsi, il n’est pas impossible que les jours de la création débridée soient comptés.

    • 19 décembre 2018
      Reply

      Totalement d’accord avec ton analyse sur la prise en tenaille qui s’est opérée.
      Et je partage, hélas, ton inquiétude. On pensait pouvoir s’affranchir de la télévision et des grosses boîtes de production et réseau d’entre-soi (avec ce que cela comporte comme absence de renouveau idéologique), et au final, la bestiole convulse et résiste avec une sacrée ardeur retrouvée. Jusqu’à faire renoncer, sans doute, les créatifs.

      Ca fait un moment que j’entends parler de Peertube, il est temps que je me penche dessus, j’pense.

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