[Billet d’Humeur] Ton Rédacteur Web n’est pas ton stagiaire !

Ecoutes-moi bien petit client, parce qu’il est grand temps de mettre les points sur les « i », et les barres sur les « t », mec : quand tu embauches un Rédacteur Web, qu’il soit salarié, ou freelance, ne commets surtout pas l’erreur de croire que tu vas pouvoir le malmener comme ton stagiaire. Et ce, même s’il semble carburer au café, ok ?

Sinon ? Sinon tu vas endurer la plus grosse vendetta de Bescherelle de ta vie, mec. Si grosse que t’en connaîtras ton subjonctif, tu peux me croire ! Si tu fais l’impasse sur cet avertissement éclairé, si tu as l’audace de penser que c’est aussi dangereux qu’une chaîne de mails brisée, c’est aux quatre coins du Web qu’on va t’retrouver éparpillé façon puzzle !

Lis-moi bien, p’tit père, et t’avise pas de décoller ta rétine de cet écran, parce que l’Analytics nous l’dira… Mais, retiens cette chose : ce n’est pas parce que tu sais taper quatre sms dans ta journée, deux statuts Facebook pour montrer ta salade du déjeuner, et remplir mon chèque, que tu peux faire mon travail. Enlève-toi ça du crâne. Vire-le de tous tes mails péremptoires et condescendants. Oublies même l’idée qu’un jour t’as su que ton clavier était un Azerty : La Rédaction Web, mec, c’pas un truc de tapettes.

Ça demande de l’intelligence, du savoir-faire ! Ça demande de connaître l’harmonie parfaite des touches, la pression exacte à apporter à la barre d’espace – et ce, avec le pouce ! Ce que tu qualifies, en postillonnant goguenard à ta secrétaire, de « frappe d’âne au clavier », c’est de l’excellence…

C’est un art. Une danse. Un acte charnel entre mes doigts et les touches. Une caresse de l’accent circonflexe qui va aller lui ordonner d’épouser une voyelle. Une incitation à l’amour des lettres, à une partouze unanime au sein d’une phrase. C’est tantrique, mec. C’est hors de ta portée, tu peux me croire.

Toi, qui la plupart du temps ne sais me donner un ordre – écrit ou oral – sans violer les règles les plus élémentaires de Français que tu sembles ne jamais avoir écouté à l’école primaire !

Tu ignores tout de la communion entre le Rédacteur et sa prose. Tu tournes le dos à la Cène qui se joue entre moi et mes lecteurs. Tu ne goûtes pas, et ne goûteras jamais, à l’ambroisie de l’écrivain qui sait qu’il a pu émouvoir d’une simple virgule.

Tu ne sais rien petit client. Si petit et si insignifiant que, quel que soit le coût de la prestation, ta majuscule t’est retirée, tout autant que ton titre que tu arbores comme une couronne. Oh, que tu aimes à répéter que tu es roi… Cet adage te raidit ton ordre de virement, je le sais. Mais, petit client, ne fais pas – aussi – l’impasse sur tes cours d’Histoire :

Quand le roi fait trop chier, on finit toujours par lui couper la tête !

 

Note : Un vieux texte écrit il y a un an, que je n’osais pas publier… Je le dédie à toute personne ayant eu un jour l’envie, ou le besoin de dire ça à son client. Avec tout mon amour.

 

(Illustration tirée du comics Transmetropolitan, paru chez Vertigo, que je vous recommande grandement.) 

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil
Evolution ultime : Mutalisk relativement polie
Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

4 Comments

  1. 12 janvier 2017
    Reply

    Objection votre honneur ! On n’émeut pas d’une virgule l’attention galvanisée par le geste souple du poignet apte à balafrer d’une liaison ponctuée le rythme soudain aéré d’une logorrhée quelconque. La virgule n’est pas tout ; elle surgit, casse, impose la pause, donne de l’air, raye le papier, noircit le pixel, mais n’est pourtant qu’épiphénomène attaché à plus grand qu’elle-même. Le sens. Porteur d’envie, de vie ? Le sens de la stance, saupoudré le paragraphe durant, construit à la sueur de nos doigts gourds mais sûrs quoique mal nourris. Architecturant l’espace vide de la page blanche. Édifiant avec patience et fougue, le flux-texte qui ordonne le chaos de toute psyché. C’est lui qui, capable car puissant, créateur car créé, fertile et fécond, porte l’émotion de qui écrit au cœur de qui lira. C’est lui qui, parfois invisiblement, souvent prenant son temps, charge la rayure ponctuante d’énergie pure ou souillée, électrique quoi qu’on en dise, et lui permet en bout de course – et par la concordance de mille facteurs tant intrinsèques qu’extrinsèques – si tout se passe bien, de claquer, nette.

    • 12 janvier 2017
      Reply

      Je suis partagée entre la jalousie, la honte, et l’adoration <3

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *