Emploi et BigData, ce que le Gouvernement ne vous dit pas

T’es inscrit sur Pôle-Emploi ? Alors sache que tes données ont été « vendues » par le Gouvernement 🙂

Pendant qu’Emmanuel Macron nous annonce en grandes pompes qu’il va être le sauveur inespéré et inattendu de la France (Sentez mon ironie), très silencieusement, et certainement pas sous le feu des projecteurs d’un Gouvernement en perdition ; j’apprends que Pôle-Emploi est un échec.

Pôle-Emploi est un échec (maintenez la surprise, je vous prie), Emploi Store également (si tu vois pas de quoi je parle, fais-moi le plaisir de couper deux secondes NRJ12 et de lire ça).

Notre cher Gouvernement n’a donc d’autre choix que de faire appel au divin « Esprit d’Entrepreneur / Start Up / Big Data / NuméricoDigital / Yeah, u know ? »

DE QUOI ? De ça, ma caille, de ça :

Bob emploi présentation et analyse


Bob, le bricoleur d’emploi

 

Cet article n’est pas du tout satirique. Ok ? J’suis pas en train de plaisanter, peu importe mon choix de vocabulaire. Donc, si je te dis que le site bob-emploi.fr vient d’ouvrir, qu’il est en partenariat avec Pôle-Emploi, qu’il touche des financements publics, qu’il doit t’aider à retrouver du boulot en échange de tes données personnelles…

T’es gentil, mais tu ne crois pas à un canular. Même si c’est énorme. Même si c’est hallucinant de conneries bonnes à s’insurger. Je ne plaisante pas du tout.

Pour une présentation copiée/collée de partout de ce site, mates un peu l’un de ces articles. Mais concrètement, c’est quoi ?

Bob-Emploi.fr c’est :

  • Un « petit génie des algorithmes », Paul Duan aux commandes
  • Un projet en partenariat avec Pôle-Emploi
  • Un accès aux données de Pôle-Emploi, et une utilisation du « Big Data »
  • Des mécènes « inconnus »
  • Des financements publics
  • Une « aide à la recherche d’emploi »

Lancé aujourd’hui mercredi 16 novembre 2016, de façon très très très très discrète et sans grandes explications, ce site est présenté de façon très floue par divers journaux.

Au final, on ne sait pas trop si c’est une plateforme, un programme d’accompagnement, une application, voire un logiciel (ce terme a été employé par quelqu’un d’extérieur à cet article). On sait juste que le code et certains algos sont en OpenSource.  On ne sait pas vraiment d’où sort ce partenariat, à quelle hauteur il est financé, quelle est sa réelle synergie avec PE, ou ce qu’en pense la CNIL de ces histoires de données ; bref, le flou n’a jamais été aussi vague vis-à-vis d’une chose aussi importante que le travail.

Et moi… Ca m’angoisse. Et j’pense qu’il y a de quoi. Alors mon loulou, aujourd’hui, on va se pencher et se poser des questions. Et si tu veux pas lire, te sortir les doigts du cul, c’est pas mon problème. Mais, très cher ami : j’pense que c’est un sujet très grave et volontairement survolé. #ComplotismedesAssédics.


Comment cet article va se dérouler ?

 

De façon la plus claire possible. Car je sais que vous êtes nombreux à avoir du mal avec les gros pavés. Mais que vous êtes pleins de bonne volonté. Au lieu de vous faire une présentation classique d’un site pas-à-pas, je vais présenter tous les éléments à ma connaissance.

On va « enquêter » à deux ma caille, ça va être génial !

(Je n’ai pas contacté Paul Duan pour l’interroger au sujet de son site. Pourquoi ? Parce que je ne veux pas le bullshit markété habituel. Je veux réfléchir (et vous faire réfléchir) à partir des informations proposées, brutes.)

Il faut savoir que j’ai eu l’info par hasard, et que j’ai beaucoup de mal à choper des détails plus complets autour de ce site. La plupart des sites d’informations font… Bah comme tout bon Rédac’ qui se respecte : il copie son voisin en changeant deux ou trois mots. Ah Ah Ah Ah que j’aime ma profession. On y va.

Présentation de Bob Emploi par le Figaro

Source : Le Figaro … Catégorie « Social » xD

 


I – Qui est Paul Duan ?

 

Tous les sites nous disent qu’aux commandes de Bob-Emploi, on a Paul Duan. Très bien, mais en dehors du fait que c’est un « petit génie des algorithmes », ou encore qu’il a bossé à la Silicon Valley, et qu’il vient d’EventBrite, on parle de qui ?

Paul Duan

Son Twitter nous apprend qu’il est le fondateur de Bayesimpact.org, une « association à but non-lucratif » regroupant des experts, ingénieurs, spécialistes de « La Data ».

Pour ceux qui ignorent ce que c’est, La « Data » est au Web, ce que le code génétique est à la vie… (Si j’explique mal, dites-le). Mais en gros, ce sont les données, de tout, tout le monde, générées par toutes les actions et interactions sur la toile. Après la ruée vers l’or, puis l’or noir, on a l’or dématérialisé, si vous voulez.

Paul est jeune. Les médias le rappelleront bien assez. Il est Français (là aussi on va s’exciter), mais… On n’en sait guère plus, si ce n’est qu’il semble être un « pur produit 2.0 », et qu’il vit à San Francisco. Comprenez ici que son idéologie placardée sur son Twitter « Make the World a better Place », est caricaturale au possible :

Ceci est un extrait de la série Silicon Valley (HBO) qui singe justement ces travers. Est-ce volontaire de la part de Paul ? Je ne sais pas, mais j’ai tiqué.

Il a été également un finaliste du grand Challenge de Forbes au titre des personnes qui vont bientôt changer le monde. Cette information est délivrée par un article très intéressant de Rue89 qui serait écrit par un ancien camarade de classe de Paul, Jacques Pezet, journaliste. On y apprend notamment donc que Paul use du storytelling, comme tout entrepreneur de son envergure, mais surtout l’article nous présentera donc une personne fondatrice d’une OMS travaillant notamment en partenariat avec le Gouvernement Fédéral Américain, et proposant d’utiliser les algorithmes et les données pour optimiser un peu tout ce bordel.

Note : A ce stade, vous vous doutez que je suis dubitative quant aux réelles motivations du Monsieur.

 


II – Qu’est-ce que Bob-Emploi ?

 

Bob Emploi qu'est-ce que c'est

 

« Plateforme », « Application », truc « Indépendant ». C’est le bordel. Le site nous dit :

« Notre travail sur Bob Emploi est parti d’une idée simple : permettre à chaque individu de bénéficier d’un accompagnement sur mesure en utilisant les algorithmes pour identifier les meilleures solutions pour chaque profil. »

En gros, vous vous inscrivez, vous donnez vos infos, et grâce aux algorithmes (lesquels ? Basés sur quoi ? Comment ?), on vous génère une sorte de feuille de parcours. Si vous ignorez comment fonctionnent ces bestioles (les algo) sachez qu’il y en a partout (Google, Facebook, etc.), que ça permet de vous proposer des publicités ou actualités ciblées, des mises en relations…

Bref, la base, l’essence, la nourriture de ces trucs : c’est vous. Ce que vous faites, ou ne faites pas. Dites, ou ne dites pas. Cliquez, ou ne cliquez pas.

Bob Emploi, bien qu’on ignore encore pourquoi « Bob », est donc une plateforme qui utiliserait vos données (via vos profils inscrits dessus), pour vous aider à trouver un boulot. C’est gratuit (donc vous êtes le produit), et c’est « vendu » comme étant un « service public ».

Pas d’utilité publique. Non, « service public ». Mais ce n’est pas indépendant ? Non. En fait : Non.


III – Les partenaires de Bob-Emploi

 

Les partenaires de Bob Emploi

1- Pôle-Emploi

poelemploilogo Pas besoin de présenter ce que c’est. Nous notons tout de même que ça repose la question de l’indépendance de Bob… Il est dit sur le site que PE « met à disposition ses ressources dans la construction du projet ». Quelles « ressources » ? L’argent ? Les données des utilisateurs (chômeurs et employeurs) inscrits sur PE ?

C’est très probable, et ça pose une question cruciale : qui nous a demandé notre avis pour partager ces données ? Personnellement, je suis inscrite sur Pôle-Emploi, et je n’ai pas souvenir qu’on m’ait demandé quoi que ce soit… Ca pose une sérieuse question vis-à-vis de la CNIL. Mais j’y reviendrai.

 

2- La France s’engage

francesengagelogo

« Label présidentiel « projet d’innovation sociale » » D’après le site…

Qu’est-ce que c’est que ce « label présidentiel » ? D’où ça sort ? De là : lafrancesengage.fr

La france s'engage qu'est-ce que ?

Là encore, on nous parle d’un « label » et là encore on va nous parler de soutiens financiers… Toujours aussi obscurs, toujours pas vraiment détaillé. On commence juste à comprendre que les fameux financements seraient publics… ? Donc de notre poche ? Allons, pas de précipitation !

Mais le footer du site commencera quand même à me donner des sueurs froides :

Footer de la France s'engage

Quant aux partenaires de ce partenaire de Bob… Outre l’Elysée ( ?!?) et Total ( ?!?!?) on a un large choix d’organisations probablement basées sur ce genre de modèle. Je dis « probablement », parce que je ne peux pas vous faire un article dédié à tous ces partenaires. Mais je pense très sincèrement que là aussi, ceux-ci ont des « aides de l’Etat ». Si vous voyez ce que je veux dire.

Au fait, Total qui s’engage, il paie ses impôts ? Il ne délocalise pas ? Ah ah ah. Je pose juste des questions, moi.

7-questcequelafrancesengage-bob-emploi 8-lafrancesengage-thunes

Tirées de la FAQ du site. On y apprend donc que c’est une mesurette qui coûte de l’argent (combien ? A qui ? Pourquoi faire ? A qui ça profite ?) lancée depuis 2014 (Où en est le chômage depuis ?).

Et je repose la question : Pôle-Emploi, et maintenant un label présidentiel financé par l’Etat ; on peut reparler de l’indépendance, svp ?

 

3- Solidarités nouvelles contre le chômage

Logo solidarité nouvelle face au chômage

« Mise à disposition de volontaires et bénéficiaires pour des tests utilisateurs »

SNC est une association loi 1901, qui accompagne les demandeurs d’emploi, mais fait aussi dans la création d’emplois aidés. Elle a manifestement pour rôle par rapport à Bob-Emploi d’envoyer des « Bêta-Testeurs » sur le site.

Elle est financée par tout le monde, particuliers, mais aussi par des clients de banque comme la Société Générale par exemple. Il n’est pas dit s’il y a des subventions publiques, bien que le mot « subventions » soit employé, et que l’asso ait remporté le fameux label… Ce qui fait que l’on SAIT qu’elle est aussi aidée par l’Etat. Eh oui.

Dans ses partenaires à elle… Des asso’, des banques, des entreprises comme Engie… Oui. Oui, je trouve qu’à ce stade on a un beau entre-soi qui se dessine.

 

4- Réseau des CARIF-OREF

Carif Oref reseau logo

« Mise à disposition de données de formation »

À part le fait que ça soit un site à vomir esthétiquement, on apprend difficilement qu’il s’agit d’un conglomérat de structures « portées ou la région » sous forme associatives (la plupart du temps) servant plus ou moins à gérer l’offre de formation. Je dis « plus ou moins », parce qu’on a rarement vu aussi obscur et bordélique comme présentation. Un politique en « Novlangue de bois » serait plus clair :

Mission du réseau carif oref

C’est en navigant sur ce site qu’on voit très bien que les « choses ne sont jamais directement et clairement dites ». Les « missions », ne sont jamais très définies. A ce stade, j’commence vraiment à me dire qu’on a de vrais problèmes dans ce pays sur les associations, mais c’est un autre débat.

Et côté partenaires… ? Vous allez rire, mais l’obscurantisme (qui commence à être louche) est également appliqué.

 

5- L’Échappée Volée

Logo de l'échapée volée

« Soutien de la communauté de l’Échappée Volée »

Leur rôle n’est pas clair, je vous l’accorde, il faut donc chercher à savoir ce que c’est que cette structure. Structure ? Ou Évènement ? Pas clair tant cela peut être les deux. C’est effectivement un event où se retrouvent tous les grands et les penseurs, mais cela prend une forme de réseau si intense que je repose la question de la structure.

Et c’est quoi ? L’establishment. Rien de moins. Oui, c’est orienté comme réponse. Et non, je ne délire pas :

Copains qui constituent l'échapée volée,

Source : Le site

Vous voyez tous les grands groupes qui gravitent ? Qu’ils soient de Presse, ou d’Entreprises ? (D’ailleurs on sait que ça revient au même). On plonge véritablement, durablement, dans cet entre-soi que je percevais jusqu’ici.

Ce truc est quasi-indescriptible tant il a de prise et de présence partout, et semble venir de tout ce qui « détient notre petit monde ». Je vous invite à aller si le site, et à vous faire votre propre idée.

Mais l’indépendance, une nouvelle fois de notre copain Bob, se repose. Toujours.

6- Etalab

Etalab logo

« Co-développement de certaines fonctionnalités »

POINT-GOUV-POINT-FR, hein ? C’est quoi ça ? Réponse dans le footer :

 

Mission de l'etalab

Le site nous dit :

« La politique d’ouverture et de partage des données publiques (« Open data ») est pilotée, sous l’autorité du Premier ministre, par la mission Etalab, dirigée par Mme Laure Lucchesi.
La mission Etalab fait partie de la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’Etat (DINSIC) au sein du Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique. »

Source : Etalab

C’est donc un organisme directement sous l’égide du Premier Ministre qui propose rien de moins que de partager son « Open Data » à qui veut bien aide à « moderniser l’action publique ».

Quel rapport avec Bob-Emploi qui se disait indépendant ? Quel rapport avec ce fameux « Service public » ? Quel rapport avec « Pôle-Emploi » ?! Et enfin : y a-t-il d’autres partenaires cachés ? 

 


IV – Bob nous prend pour des cons, là quand même

 

Je me posais la question en début d’article : comment peut-on être indépendant quand on travaille en partenariat avec Pôle-Emploi, qu’on a été reçu par François Hollande, et quand – nous l’avons vu au travers des partenaires – gravitent autour de nous branches de l’états, autorités officielles, financements publics, entreprises et gros groupes, banques, … ?

Bob n’est pas indépendant.

Alors pourquoi le dit-il ? Pour être exonéré de critiques ? Pour éviter au Gouvernement d’admettre qu’il privatise de plus en plus de ses propres services (car il s’agit de ça, rien de moins) ? Pour éviter un contrôle de son fonctionnement ?

Ah, mais peut-être bien…


V – D’où viennent les données de Bob-Emploi ?

 

Quand on a pris le temps de regarder les partenaires, et de lire un peu tout le condensé que je vous ai fait, on se rend compte que c’est l’État lui-même qui a donné toutes ces informations. Anonymement paraît-il.

Sur le site, est rabâchée l’expression floue : « données du marché du travail ».

Nous l’avons vu, le partenaire Pôle-Emploi avait pour mission de « Mise à disposition de leurs ressources dans la construction du projet ». Permettez-moi de faire donc cette addition : Pôle-Emploi a donné ces données. Mais je pense qu’Etalab aussi. Vous savez, le truc émanant du Premier Ministre.


VI – Qui soutient ce projet au sein de l’Elite?

 

La Presse nous informe que Myriam El-Khomri aurait « facilité le partenariat avec Pôle-Emploi », et que Paul Duan aurait rencontré Emmanuel Macron à la Silicon Valley. D’ailleurs, Europe 1 (dont est tirée cette affirmation) ne parlera donc pas de deux Ministres (à l’époque) en fonction, mais de « personnalités politiques », très intéressant choix sémantique quand on sait que Bob se revendique in-dé-pen-dant. Non ?

Mais tout ceci, nous dit le Huffingtonpost, n’aurait pas été possible sans le concours de Jamel Debbouze qui, après avoir rencontré Paul et flashé, aurait fait des pieds et des mains pour lui permettre de rencontrer nos gouvernants.

Un fait plutôt dérangeant qui repose encore une fois les questions de connexions entre les différents acteurs de cette fameuse « Elite-establishement-gnag-gna-illuminatis ». Question qu’on ne peut plus passer sous silence face à la montée du populisme qui se sert – très logiquement – de ces arrangements entre amis.

 

Le tweet date d’il y a deux/trois mois. Le site vient de sortir. Cette rencontre a dû se faire bien plus tôt, je pense. Et ce qui est intéressant, c’est que ça n’a pas DU TOUT fait le buzz.

Le tweet d’aujourd’hui, pour fêter cette « petite victoire » n’a pas été plus que ça mis en avant non plus :

 

Humm, pardonnez-moi si j’estime qu’on ne parle plus de soutenir à ce stade…

 

Extrait Boursorama Bob Emploi

Source : Article de Boursorama

Nous apprenons ici qu’en un an (d’après l’article), ce site a pu être conçu. Cette plateforme a pu être lancée, financée, « Big Datée » en urgence, et nous avons si peu de communication officielle à ce sujet ? Pas de buzz sur cet exploit (car c’en est un quelque part), ni même de vague de réactions sur Twitter ?


 VII – Une communication pourtant au poil

Pratiquement tous les articles que j’ai pu voir sont orientés. Ils sont enthousiastes ! Ils titrent exactement ce qu’il faut que vous, citoyens français, deviez comprendre de cette plateforme. Vous devez croire que c’est CA qui va changer votre vie, et vous aider. Vous devez croire que c’est une bonne chose.

Et si vous ne me croyez pas, jouons encore :

titre boursorama

Figaro bob emploi
Titre du Figaro
Europe 1 Bob-Emploi
Europe1
HuffPost Bob Emploi
Le HuffingtonPost qui en plus place du Mot Clé

Et je peux vous en proposer d’autres. Dans les corps d’article, nous n’avons pas mieux. Jamais ils n’expliqueront d’où viennent vraiment les données, quelles sont les questions soulevées à propos de leur protection ou diffusion ; jamais ils n’interrogent sur l’implication de Pôle-Emploi et son devenir. Jamais ils n’interrogent sur le désengagement de l’Etat, sauf du point de vue financier, qui n’hésite donc pas à DONNER nos informations, tout en NOUS FAISANT PAYER pour ça.

Qui a été consulté pour ce projet ? Les chômeurs ? Pas à ma connaissance. La CNIL ? J’en sais pas plus.

Mais aucun article – pour le moment – ne pose de question. Manquement journalistique ? Surprenant ? 

Non. Souvenez-vous des partenaires. Revoyez les schémas de L’échappée belle et des groupes de Presse qui gravitent autour. Coïncidence ? Bon, arrêtons de croire qu’on est plus cons que nous le sommes ! L’Express ira même jusqu’à proposer un tuto d’utilisation, avec screens en soutenance. La verve est là aussi, en mode « gros léchage de data ».


Conclusion en questions

  • Qu’est-ce que c’est que cette merde ?
  • D’où ça sort ?
  • Est-ce un hasard que Macron éclipse l’une des choses à laquelle il a participé ?
  • Que va-t-il se passer concrètement pour les chômeurs ?
  • Est-ce que ça va changement quelque chose vis-à-vis du fonctionnement de Pôle-Emploi ?
  • Est-ce en rapport avec l’Emploi Store ?
  • Que pense la CNIL de cette circulation de données ?
  • Combien touche ce site pour fonctionner ?
  • Qui touche quoi, et pourquoi dans tout ce merdier de réseaux ?
  • Quel avenir pour le travail en général ?
  • Pourquoi « BOB », putain d’Adèle ?!

Et surtout :

Surtout.

SURTOUT : Pourquoi personne n’en parle ? Bon, je sais, on ne parle pas non plus de l’Etat d’Urgence, etc. Mais pourquoi personne ne s’inquiète de cette – oui j’ose ! Ubérisation du travail ? Qu’est-ce qu’on attend ? 

 

A titre personnel je trouve ça extrêmement grave et préoccupant. Je n’ai pas tous les éléments en main, et le peu que j’ai pu découvrir dans mes recherches m’a une fois de plus démontré que nous sommes face à un système. Ce fameux système qui alimente beaucoup trop de choses, et contre lequel de nombreuses figures politiques populistes se lèvent et gagneront. Parce que le système est ce qu’ils dénoncent.

Je ne suis pas journaliste, mais j’interroge. Parce que c’est mon job en tant que citoyenne. A vous de faire le vôtre, pour changer.

Note de bas de page : Si vous souhaitez apporter des précisions, n’hésitez surtout pas !

Note Bis : Nous sommes d’accord que je pose des questions sur un système, et non une problématique plus générale. Il est très possible que j’en parle à l’avenir, cela dépendra beaucoup de la façon avec laquelle j’arriverai à tourner cela. En attendant, je vous invite à lire la liste qui s’allonge ci-dessous, au fur et à mesure que de nouveaux éléments arrivent.

Note Ter : Au sujet de Paul Duan. Il est évident que j’ai des doutes, j’ai beaucoup de mal à prêter de bonnes intentions aux personnes étant ouvertement « gentilles ». Ce n’est pas de l’esprit de contradiction, c’est que j’ai remarqué que les assertions régulièrement répétées de façon grossière (si ce n’est vulgaire. Au sens « populaire » si vous voulez), sont signes d’un besoin de « redorer un blason ». C’est probablement quelqu’un de très sympathique, et tout le bousin. Le fait est que je ne peux m’empêcher de me poser cette question, et je ne suis pas la seule : pourquoi ne pas avoir donné direction à PE cet algo ? Sans toucher les subventions…?

 

EDIT(s) :

 

EDIT du 23/08/2017 :

Presque un an après, si vous voulez savoir où ça en est, lisez donc cet article d’Arrêt sur Image : IL DEVAIT TERRASSER LE CHÔMAGE EN FRANCE : PAUL DUAN S’EST ENSABLÉ
Retour sur un emballement médiatique

 

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

12 Comments

  1. 16 novembre 2016
    Reply

    Alors oui, j’avais suivi cette histoire de près, j’y avais fait référence notamment ici –> http://maisouvaleweb.fr/le-bluff-du-solutionnisme-technologique-episode-ii/

    D’accord ou pas sur ton article.

    Je m’explique, sur le fait que ce petit génie soit pied poing liés avec ce que tu appelles « l’establishement », je crois que ça n’étonnera personne. Les partenariats entre pôle emploi et le privé et avec des écoles sont l’essence même de son fonctionnement (sinon à quoi bon ?).

    Là où je m’étonne plus en revanche, c’est sur le côté tape à l’oeil de la stratégie, qui consiste quand même à remettre entre les mains d’algos (en tout cas en partie) une portion toute entière du service public. Ce qui a, au delà d’un objectif d’efficacité (qui sera peut-être avéré, qui sait 😉 ?) surtout pour objectif de réduire les coûts de fonctionnement (autre nom pour « fonctionnaires ») ou tout au moins de freiner son expansion car comme il y a de plus en plus de chômeurs, il faut de plus en plus de gens pour traiter leurs dossiers (et du coup tout le monde est débordé).

    Je ne jetterai pas la pierre sur le mécanisme, comme je ne jette pas la pierre à pôle emploi quand les procédures administratives peuvent se faire en ligne. C’est là un processus d’automatisation normal, et même souhaitable.

    Là où je tique comme toi, c’est sur le contenu de algos, qui ont probablement tout un tas de biais (comme en ont les conseillers pôle emploi), mais quand on s’en remet à la machine, on n’est pas à l’abri d’erreurs monumentales et tout à fait dommageables pour les administrés (je pense à APB dans le même style). Mais à la limite, c’est une question d’ajustement. Ce sur quoi il faut également être vigilant, c’est sur la propension qu’a l’Etat à se reposer sur des solutions techniques et à adopter des stratégies de com’ un peu nazes en prétendant en lançant ce chiffre débile de « 10% ». C’est juste du buzz.

    Je sais pas quoi dire d’autre, c’est un sujet immense en soi qui mériterait bien plus qu’une décision autour d’algos issus d’une énième tentative d’enrayer quelque chose qui est structurel…

    • 16 novembre 2016
      Reply

      Merde, je m’en veux d’avoir raté l’info sur ton site 😮

      Qu’il y ait des liens, en soi je suis d’accord qu’il faut que le public aide, etc. Là où je le suis moins, c’est sur cette masse informe, et pourtant « toujours les mêmes » de financeurs. Comme les banques, ou les entreprises. Si on pouvait être certain que ceux qui investissent ne sont pas aussi ceux qui décident (ou dessinent) les services, et les personnes formées/formatées/aidées par ces services, je serais probablement moins suspicieuse.

      Le fait est que ces jeux sont vieux, usés, connus, et qu’ils ne donnent toujours rien, et pourtant, « on » n’hésite toujours pas à donner de plus en plus d’autonomie (au sens maintenant technologique strict) à ces entités. J’ai l’impression qu’on laisse un monstre naître. Un monstre qui se revendique indépendant, là où il ne devrait justement pas l’être. Il ne devrait même pas pouvoir dire que c’est une chose positive, d’ailleurs.

      Où va-t-on avec ce transfert ? Vers quoi ?

  2. Isabelle
    17 novembre 2016
    Reply

    Ma mère me parle de Macron dans un mail (yahoo-gmail) et hop, twitter m’envoie un mail avec votre post.
    Sympa de vous découvrir. J’aime votre spontanéité, votre engagement de citoyenne qui aimerait comprendre et le super boulot que vous avez fait sur la question.
    Je partage vos craintes sur l’utilisation des données. Il n’y a pas assez de transparence ni de garanties.
    Le lien de « Mais ou va le web? » est très intéressant. Oui je crois qu’on prend les problèmes a l’envers. Il est plus rapide de s’occuper des effets que des causes, plus facile de soulever des millions avec un projet comme ça que d’humaniser Pole Emploi.
    Merci pour votre post.

    • 17 novembre 2016
      Reply

      … J’ai beau relire plusieurs fois le début de votre commentaire, j’ai peur de comprendre : vous avez vraiment eu une notification twitter suite à votre conversation « privée » avec votre mère ? Non, parce que c’est incroyable ce que ça voudrait dire. On a beau le savoir, s’en douter, etc… C’est flippant.

      Je vous recommande vivement de lire Mais où va le Web, il traite très régulièrement des thématiques dans ce genre, avec une plus un volet technique très abordable (j’en ai presque compris le principe de la blockchain, c’est dire !).

      Pour en revenir à l’emploi, je ne crois pas que cet « outil » soit une solution. Même s’il atteignait la réduction de 10% du nombre de chômeurs (et encore, il faudrait savoir sur quelle durée au juste, car si c’est à un « instant T », ça sera très facile avec les contrats de plus en plus précaires), même s’il y arrivait, donc, ça n’endiguerait pas la question du non-emploi des jeunes et des « plus vieux » (à partir de 48-50 ans parfois), ou même la destruction des emplois, ou même sa « numérisation » et autres « ubérisation ».

      Le problème, et vous le dites, est en amont : sur le travail en général. Sur l’état du travail, sa forme, ses applications, les adéquations entre les postes et les études, notre modèle français assez particulier de ce que j’en sais… Bref, une multitude de problèmes qu’une application ne pourrait régler. Une réflexion à échelle nationale non plus, mais du moins on commencerait peut-être à s’approcher d’une vague solution plus pertinente. Je pense.

      Merci pour votre passage et votre temps !

  3. 17 novembre 2016
    Reply

    Hello,

    Personnellement je n’ai pas peur de m’inscrire sur « bob emploi », je viens de le faire d’ailleurs. Je n’ai rien à cacher et je suis conscient du fait que le « big data » peut m’aider à trouver un emploi, tou comme il existe des agrégateurs d’assurances, des agrégateurs de billets d’avion… c’est mieux que rien en tout cas. Car le rien ou le presque rien, ça m’épuise depuis des mois…

    Par contre, je comprends parfaitement que ce nouveau machin soulève pas mal de questions 🙂
    Merci en tout cas d’avoir creusé et analysé les tenants – les aboutissants viendront avec le temps – avec ta légendaire verve, chère Camille!

    Amicalement,
    Olivier.

    • 17 novembre 2016
      Reply

      Salut Olivier,

      C’est pas une question d’avoir, ou non des choses à cacher. c’est même comme ça qu’on se fait avoir (que cela soit dans les livres d’anticipation, ou irl, au final) : en pensant que ça ne dépend que de ça et que les informations ne sont « graves » ou « sensibles » que si on est un « méchant ».
      Le problème n’est pas de savoir si cela peut réellement aider, ou non. Puisque le problème lié au travail n’est pas tellement lié à la façon dont les gens le cherchent. Au contraire, partir de ce postulat, c’est mettre une pression supplémentaire sur les chômeurs, en les culpabilisant davantage.

      Le problème est qu’on est face à un échec de Pôle-Emploi, transformé en subventions publiques (notre argent donc), pour créer un énième outil, là où ce qu’il faudrait cela serait une vraie réflexion sur le travail, les offres d’emploi en général, voire le cursus scolaire. Ca, ça me fait le même effet que les pin’s de Gattaz qui nous ont coûté une blinde.

      Et si la solution venait par grand miracle de Saint-Turing, quelle serait la prochaine étape, si ce n’est de remplacer les conseillers, et secrétaires d’administration par d’autres algorithmes. Et ces gens, on en fait quoi pour qu’ils ne grossissent pas à leur tour ces fameux chiffres du chômage ?

      L’une des questions à se poser aujourd’hui, je crois, plus encore avec les Présidentielles, c’est surtout de savoir à quoi est réellement dû ces fameux 10% (chiffre officiel selon un « certain comptage »). Est-ce vraiment un problème de recherche, d’offre, d’évolution de l’économie ? Pouvons-nous aujourd’hui avoir toujours des CDI… ?

      Et enfin : sachant que le site de Bob va jusqu’à proposer de devenir freelance, peut-on parler donc d’une vraie solution ? Est-ce un emploi que de s’employer soi-même ? N’avons-nous donc pas des choses à penser sur cette – très probable – évolution du marché vers de la full indépendance ? Devons-nous repenser le système en se basant sur le libéralisme, ou pouvons-nous envisager des assurances, et autres revenus de base ?

      Tout ça pour dire que : avant de dépenser des ronds à l’aveuglette en confondant les bits avec dieu, je crois qu’il est urgent que notre pays (si ce n’est nos civilisations) se penche sur son modèle sociétal et économique.

      Mais j’ai beaucoup digressé ^^’

      En tous les cas, merci Olivier pour ton avis !

  4. Balda
    18 novembre 2016
    Reply

    Bonjour
    L article pose des questions en effet mais je dirais rien de nouveau sous le soleil : tout d abord bien évidemment que les orientations du Pole emploi varie en fonction du grouper émeut en place, vous pensiez vraiment qu il était  » indépendant  » , ensuite les salariés du Pole emploi sont quasiment tous sous statut privé et si certain restent sous statut public ils n ont jamais été fonctionnaires mais assimilés ( ils sont donc en CDI) , les demandeurs d emplois ne touchent pas tous le chômage, les données présentent sur leur dossier concernant leur parcours sont déclaratives et ne font l objet d aucun contrôle.
    Je pense qu au lieu de toujours voir le complot partout , la surveillance , le flicage nous devrions nous réjouir que des jeunes gens puissent s intéresser à la recherche d’emploi et propose aux demandeurs d emploi des outils qui leur permettront de se motiver au meme titre que la montre connectée qui vous dit de vous bouger un peu , car c’est ça Bob emploi et je trouve ça moi bien sympathique. Nous passons pour des râleurs et des donneurs de leçons au yeux du monde mais ils n ont pas tout à fait tort finalement…

    • 18 novembre 2016
      Reply

      Bonjour,

      Ce que vous dites à propos des statuts de PE actuellement est loin d’être faux, c’est vrai que j’ai encore ce mythe des entreprises sous le joug total de l’Etat. Cela dit, je reste persuadée que cela doit relever du public, à l’instar de la Sécu, par exemple.

      Les médias cités voyaient les avantages, le monde merveilleux, etc. Pour ma part, ce n’est pas du tout le cas, et je n’ai pas l’intention de paraphraser d’autres articles (sinon, à quoi bon ?). Autant dire que je continue et continuerais à demander : pourquoi choisir cette forme, pourquoi ne pas proposer d’intégrer ça à PE directement, sans passer par la case des subventions ; et autres questions posées dans l’article et les commentaires.

      Quant à l’avis du monde sur « nous », ça n’est pas mon problème. Sur « moi », pas davantage. Je demande, si ça froisse, le monde a toujours le choix « de se lire lui-même » ^^

      (Merci en tout cas pour voir avis différent)

  5. Denis
    22 novembre 2016
    Reply

    Bonjour Camille. Content de te lire de nouveau.
    Pour l’anecdote sur la privatisation des services Pole emploi.
    Lorsque je me suis inscrit à PE on m’a invité à utiliser les services d’une boite pour m’accompagner à ma recherche d’emploi. J’ai rapidement eu un RDV. Dans cette boite (afec-emploi), j’ai dû remplir un questionnaire et visionner un PowerPoint de présentation de leur service avant d’être reçu par une conseillère. Leur PP m’a donné la puce à l’oreille et j’avoue avoir trouvé la chose cocasse.
    Le principe était le suivant. Pendant trois mois, on devait sur l’interface de leur site, entrer toutes nos démarches, toutes les entreprises que l’on démarchait, notifier leur besoin, les contacts que l’on avait avec elles… Et puis, au bout de trois mois, on n’avait plus accès à l’interface, sauf si on payait.
    RÉSULTAT : cette entreprise se construisait et actualisait une base de données sur les entreprises qu’elle pouvait éventuellement monnayer ensuite gratuitement par des demandeurs d’emploi, puis, faisait payer les demandeurs d’emploi pour utiliser le travail qu’ils avaient fourni sur cette base de données. MAGNIFIQUE !
    Le comble de l’ironie est qu’après mon refus d’utilisation de leur service, j’ai reçu la copie du mail envoyé par la conseillère qui m’avait reçu à Pôle Emploi : je n’étais pas certain de mon projet professionnel.
    Non seulement on essayait de m’exploiter, mais en plus, la nana n’avait rien compris à ce que je lui avais expliqué, ou pire, elle avait décidé de me nuire auprès de PE.
    Bref, le chômeur est dans le fond une bonne vache à lait qu’il convient de donner au secteur privé, qui lui a fait perdre son emploi, pour être tondu comme un mouton… Ah les joies de la génétique et du croisement des espèces !

    • 22 novembre 2016
      Reply

      Chaud 😮 Vraiment chaud comme anecdote !

      C’est marrant parce qu’en plus, j’y repensais ce matin à cette histoire de Pôle Emploi, et je me suis demandée combien du budget alloué à PE « on » dépensait pour donner en allocations chômages, etc ; et combien « on » en dépensait pour financer ce genre de conneries. Parce que de « vraies » formations, ça ne me choque pas du tout. En revanche, cette arnaque (qui a dû toucher des subventions en plus !!), ou encore la blague du « formation à la recherche », ou « formation à écrire un CV », c’est pas mieux. Et ça doit représenter une somme folle !

      L’Etat (nous, quoi ^^), dépense une quantité de malade pour mettre certains inscrits dans des « sous-catégories » de demandeurs d’emploi, afin de faire baisser le chiffre officiel. J’aimerais bien savoir à quel point. Dans quelles proportions. Parce que derrière, on a le mythe de l’assistanat (sans jamais remettre en question les hauts fonctionnaires par ex), qui va éclairer un aspect de la machine… En passant sous silence les vraies (j’en suis convaincue, mais je n’ai ni source, ni preuve) dépenses.

      Bref, je me demande combien d’anecdotes traînent encore comme ça…

      PS : Pour la photo, il te suffit d’aller sur https://fr.gravatar.com/ et de lier l’adresse avec laquelle tu commentes ici à une photo de profil. Et hop.

  6. Denis
    22 novembre 2016
    Reply

    Ah, au fait. Comment on fait pour mettre sa tête à côté de son nom ?

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