Pour moi, c’est quoi « écrire » ?

L’écriture est un art complexe que l’on a tendance à porter aux nues. Non pas qu’il requiert une grande intelligence… Non. L’écriture – selon moi – demande, en réalité, moins d’imagination que de don de soi.

Il y a peu, au cours d’une conversation inspirée (les artistes et autres auteurs comprendront), je me suis rendue compte que le fait d’écrire était semblable au travail d’un architecte qui créé des plans, et qui les livre, dans l’espoir que les concepteurs/habitants (car ici, ils sont une seule et même personne : le lecteur) y trouvent une réelle jouissance et épanouissement certains.

Ce n’est pas clair ?

Imaginez donc que l’écriture, le roman, la nouvelle, le « truc écrit qui fait rêver, quoi » ; soit pareil à une belle boîte taillée dans un bois d’ébène. Ouvragée à l’extérieur, belle à regarder, agréable à ouvrir. Vous l’offrez à votre lecteur. A ce stade, ce n’est qu’une boîte, un titre, une couverture, un synopsis ; une promesse. Lorsque votre lecteur fait coulisser son couvercle, imaginez que cette boîte contienne tout à la fois du vide, un néant métaphorique, et en même temps, une sorte de matière vivante. Une matière faite de bois, de tissus, de pierre, d’énergies… Une matière douée d’une vie propre, et en même temps profondément inspirée de la volonté de l’auteur, imprimée dans sa chaire, dans ses atomes, sa composition, sa chimie la plus élémentaire.
Cette matière, conforme à son but et sa raison d’être, va se mouvoir, et s’assembler, de façon à représenter églises, châteaux, dragons, complexes urbains, vaisseaux spatiaux… Que sais-je ?! Cette matière va se fondre et imprimer le motif que l’auteur souhaite offrir à son lecteur.

Va-t-elle être à la merci de l’auteur, seulement ?

Absolument pas ! Et c’est là que je parle de don de soi. Cette matière, cette magie que l’auteur a offert grâce à son coffret… En réalité, elle va adopter les formes, les couleurs, les odeurs et les saveurs qu’apportera le « visiteur » lui-même ! Vous suivez depuis le début, le visiteur n’est autre que la personne lisant le texte.

En apportant son histoire, son imaginaire, son expérience, ses sentiments, son interprétation ; cette personne va prendre le contenu de la boîte, les contours de notre église/château/etc. Pour en dessiner les couleurs, les matériaux, et les détails… Le lecteur va façonner l’humble offrande de l’écrivain pour en tirer toute la beauté, l’absurdité, la monstruosité. Au choix. Et l’Histoire se charge de classer généralement.

Est-ce une façon de dire que l’auteur n’est rien dans le processus ?

Oui. Ce n’est pas de la fausse modestie, mais fondamentalement – et c’est quelqu’un d’orgueilleux qui vous le dit – l’auteur n’est rien sans lecteur. De la même manière que l’on est tous aveugle sans « choses à voir ». Vous suivez ?

C’est une conclusion que l’on lit rarement (pour ne pas dire jamais) dans mon métier, mais je soutiens l’idée même que l’auteur est une sorte de « passeur sur le fleuve Styx de l’imaginaire », le vrai héros est celui qui traverse le fleuve en y apportant tout le sel de sa propre vie. Voilà encore des propos trop métaphoriques (peut-être) pour expliquer toute la beauté de l’exercice, et pourtant : écrire est pareil à une symbiose où le parasite est celui qui vend son œuvre, et non l’inverse.

C’est pour ça que j’écris, d’ailleurs…

Pour ce plaisir – entre l’érotisme le plus complet et le voyeurisme le plus intrusif – si unique : écrire, c’est se blottir contre chaque personne partageant les mots, donner le tempo, et laisser le visiteur s’imaginer qu’il vient de vivre une grande expérience de gourou, alors qu’il vient seulement de se prendre l’équivalent d’un trip autocentré. Une sorte de masturbation imaginaire. Une branlette de contes de fées.

 Et l’on atteint l’orgasme, en tant qu’auteur, que lorsque votre « proie » s’exclame, extatique et repue de cette saillie verbale et fantaisiste : « Encore, encore ..! ».

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

6 Comments

  1. Bergeret Magali
    6 mars 2020
    Reply

    Bonjour Camille,
    J’adore !
    A bientôt dans la Meilleure Formation du Monde, j’en suis 🙂
    Magali

  2. Vincent Orou Goura
    6 mars 2020
    Reply

    Agréable à lire bien que complexe à appréhender (pour moi en tous cas).

  3. C’est beau ce que tu dis ! Bien sûr qu’on en veut encore, encore…! Enfin si tu es d’accord, d’accord

    p.s : faut vraiment que j’aille me coucher moi… J’ai trop de blagues et vannes qui me viennent alors que le texte est sérieux

    • 10 mars 2020
      Reply

      Et maintenant, je l’ai en tête, tu crains ^^’

      (GG pour le lien, tu me tues)

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