Digital Gods : l’effet Voldemort appliqué au Web

Que sont les dieux ? D’où tirent-ils leur pouvoir ? Jusqu’où s’étend-il ?

Pourquoi fallait-il au contraire prononcer le nom de Voldemort ?

À ce stade, vous pensez sans doute que j’ai bu encore trop de café, mais détrompez-vous : en réalité, je suis en train de traiter une petite marotte actuelle : l’influenceur. Sauf qu’au lieu de vous le découper en tranches fines (comme l’andouillette, remarquez), j’vous propose d’observer l’animal sous un prisme pourtant évident : celui de la pop-culture.

Quand Gaiman et Pratchett voyaient juste

 

Actuellement sur Starz est disponible une série adaptée d’un livre éponyme de Neil Gaiman. Je parle d’« American Gods ». Pour le synopsis démerdez-vous, ce qui m’intéresse ici, c’est une idée très intelligente : les Dieux ont besoin que l’on croie en eux. S’ils sont oubliés. Ils disparaissent.

Chez Terry Pratchett, notamment dans sa saga « Les Annales du Disque-Monde », on retrouve cette idée : il suffit que quelqu’un pense qu’un truc magique existe pour que cela devienne le cas. « Dans Le Père Porcher », par exemple, il y a toute une scène où les mages imaginent « la fée de la calvitie », et en effet… Ils entendent très vite le bruit d’une tonte sur le sommet du crâne d’un des leurs. En enlevant son chapeau, ils constatent qu’il y a bien une créature en train de « passer la tondeuse ». Ils venaient de la créer.

Dans Lanfeust de Troy, lorsque les héros arrivent dans une sorte de domaine des Dieux, ils croisent une déesse triste et éthérée qui finit par disparaître… Parce que son dernier adorateur meurt à cet instant.

Ces trois univers proposent l’idée que les dieux, et autres créatures fantastiques ont besoin de la foi pour subsister, voire pour naître. Que sans leurs adorateurs, ils ne sont rien…

L’Effet Voldemort

Dans Harry Potter, les personnages n’osent pas prononcer le nom de Voldemort. Parce qu’ils ont peur de l’homme, par superstition, aussi… Alors, ils inventent une tonne de surnoms, et contournent à outrance le problème.

Dans l’œuvre originale écrite par Rowling, Harry parle à Dumbledore du meutrier de ses parents et va pour se reprendre et l’appeler « Vous-Savez-Qui », car il a bien compris que les Sorciers ont du mal avec ça. Mais le vieil homme lui rétorque alors :

« Tu peux l’appeler Voldemort, Harry. Nomme toujours les choses par leur nom. La peur d’un nom ne fait qu’accroître la peur de la chose elle-même. »

Extrait tiré d’Harry Potter à l’école des Sorciers

Quelque part, c’est la même idée que celle avec les dieux qui est soulevée : l’idée qu’en répétant assez une chose, elle finit par devenir réelle.

À force d’avoir peur d’un nom, on le craint.

Je sais que la phrase semble étrange, mais elle est très juste. Réfléchissez-y : « jouer à avoir peur », ou faire preuve d’une déférence particulière à l’endroit de quoi que ce soit, lui donne le poids voulu à l’origine. Il le crée de toutes pièces. Ici : la peur. Plus haut le pouvoir, et…

L’Arnaque à l’influence

 

Qu’est-ce qu’un influenceur ? Quand commence-t-il à influencer les gens ? D’où tire-t-il sa puissance ? Peut-on apprendre à devenir influenceur ? Est-ce qu’être influenceur est une fin en soi ?

Autant de titres d’articles pour Linkedin potentiels, de sujets de Philo, et… De vraies questions. Remplacez le mot « Influenceur » par « Dieu », et vous allez voir pourquoi mes deux premiers paragraphes sont importants… Et pourquoi tout ceci n’est que de la masturbation rebrandée.

Tout le monde est influenceur, en fin de compte, et comme disait Einstein :

Einstein et la relativité du Web

Vous avez forcément entendu parler de l’Effet Papillon, non ? Partant de là, on peut raisonnablement dire qu’en soi, tout le monde a de l’influence sur tout le monde, et sur tout un tas de choses. Alors pourquoi un tel bordel ? Pourquoi une telle hype ?

La naissance d’un mythe

Pour commencer, on vous fait croire qu’Influenceur est un titre. Voire, un métier. Et c’est faux. C’est faux, vous le sentez viscéralement, c’est pour ça que les articles prônant cette idée vous agacent, mais vous n’osez rien dire. De peur de passer pour un con, ou de n’avoir rien compris.

Point 1 : On devient influent dans un domaine. Qu’il soit pro, perso, peu importe. Cela tient autant au domaine, qu’à sa personne (charisme, etc.).

Point 2 : Vous n’osez pas dire que tout ceci est du bullshit, car vous avez peur de passer pour une truffe. Pourquoi ? Parce qu’on maraboute assez sur le sujet pour qu’il paraisse sérieux… Ça devient un concept, un truc surnaturel, un truc « inexplicable », ou trop complexe à saisir. Plus simplement : on vous « Voldemordise » le terme Influenceur.

Et ce n’est pas fait sans raison.

L’influence existe bel et bien, et oui, c’est un concept important pour votre business. Pas seulement. C’est la base des relations humaines, qu’elles soient de parents à enfant, ou de gouvernant à populace. L’influence est partout. Mais d’où vient-elle réellement ?

Partons non pas de ce concept, ne cherchons pas à le définir, mais amusons-nous avec ce qu’on peut voir sur le Web depuis quelques mois.

Design Product : Formation Influenceur

Et si, vous aussi, vous en deveniez un ? Et si, vous aussi, vous deveniez quelqu’un d’important, quelqu’un qui compte ? Parce que c’est cela la promesse : vous aider à ne plus être « rien ». Vous aider à « compter » dans votre travail. À voir votre avis devenir impactant.

Et pour y parvenir, pour atteindre cet état de grâce que représente le droit à écrire « Influenceur » sur votre profil Likedin vous… Payez des formations à des coachs en Influence.

« Oui, et ? »

Et vous vous laissez manipuler. Influencer. Bref, vous nourrissez votre dieu.

L’Influence est devenue un business. Les coachs vous assurent qu’il vous faut apprendre à l’être, et quoi de mieux que leur tips et formation pour ça ? Mais si vous achetez leur produit, qu’est-ce que vous faites au juste ? Que faites-vous, à part légitimer leur expertise, à part envoyer le signal le plus précieux dans le Marketing : « Cette personne/marque est digne de confiance, est utile. » ?

Et vous tombez dans le panneau, après tout, vous aussi vous voulez votre part du gâteau. Votre part de ce « rêve à Américain 2.0 ». Vous aussi vous voulez que quand vous dites quelque chose, on vous remarque, on vous adule… On pense que c’est important. Voire, qu’on vous paie pour ce faire.

Dieu, Jupiter et ses ouailles

Mais voilà… L’Influence ne peut se passer d’une audience.

  • Le coach en Influence n’est rien sans son audimat avide et peut-être même blessé sur le plan narcissique.
  • Les Dieux ne sont rien, sans leurs fidèles.
  • Les mythes sont oubliés sans orateurs pour les propager.

Et c’est LA que se niche l’Influence, la vraie. Dans sa fragilité, dans son inexistence.

Ce qui fait l’Influence, c’est l’influencé.

Aller bim, respire, on y retourne tout de suite. Reprenez les exemples de Voldemort, des Dieux, du coach : à chaque fois, ce qui nourrit la Bête, c’est sa proie. Oui, c’est aussi simple que ça.

L’Influence est un fragile équilibre, une sorte de contrat passé entre un groupe et un gars. Le groupe accepte que le gars ait un impact sur eux.

Chaque fois qu’on choisit de suivre une tendance, une opinion, une direction, des goûts… À chaque fois, on crée de l’Influence. On crée des petites fées qui tondent. Qui ne tondent peut-être pas notre crâne, mais au moins notre propre liberté. Mais qui tondent fondamentalement pour leur propre compte.

De là à dire qu’en s’en fout ?

Il n’y a qu’un pas, quand même… Que je vais franchir à votre place. Vous, je vous laisse continuer de vous extasier sur l’un des premiers réflexes humains. Je sais que vous adorez ça.

Comme je n’ai pas peur de passer pour une conne, je vous l’écris : on perd un temps considérable à parler de tout ça. Surtout à le théoriser. Je sais bien qu’il faut vendre. Je sais bien que dans une société où on a l’impression que le mec de derrière nous met un doigt, il faut qu’on en mette un à celui de devant. Ça fait du bien à l’égo de se dire qu’on a un impact. Et c’est normal.

Et comme la société actuelle est bourrée d’injonctions à « compter », de publicité pour « réussir » et « devenir quelqu’un », ça devient pathologique.

C’est peut-être aussi lié au fait qu’on a l’impression de ne plus avoir de pouvoir en tant que peuples, c’est peut-être lié à l’impression de noyade dans une grosse masse mondialisée. Quoi qu’il en soit, c’est un réflexe humain, peut-être à peine exacerbé par nos temps modernes.

Parce que la religion, les gouvernements, les armées, et les groupes de fléchettes dans les PMU… Ça fait un putain de bail que ça existe. Donc : oui, vouloir avoir un impact sur l’autre semble inhérent à la mortalité de notre espèce.

Cela dit, je pense qu’on perd du temps à vouloir faire en sorte que ce qu’on fait puisse avoir un impact.

Relisez cette phrase. Encore. Aller, encore un coup et je vous l’explique :

Si vous voulez que ce que vous faites ait de l’Influence, mais que ce que vous faites se borne à chercher un moyen de faire en sorte que ce que vous faites ait de l’Influence… Vous ne faites rien. À part chercher à capturer un truc qui n’existe pas… Puisque vous ne l’avez pas fabriqué.

Et tu proposes quoi ?

Bah simple : au lieu de vouloir devenir des dieux numériques, souvenez-vous que c’est le prêtre qui a le pouvoir. Et commencez par faire vos rites, vos églises… En d’autres termes : faites votre job, bien de préférence, et évangélisez ensuite.

Et ne croyez pas qu’être Dieu est un métier en soi** : sur ma bio Linkedin, j’ai marqué Auteure, pas être suprême 😉

 

*Oui, Influence a pris une majuscule ici. Parce que.

** Disons que tant que je n’ai pas encore trouvé le moyen de monétiser ma propre nature, on va se contenter d’une catégorie socio-pro classique, quoi.

***Gna gna gna, tu théorises bien dessus. Oui. Pour t’influencer.

*** Si tu veux te marrer et aller au fond de la question, fais un tour sur la secte digitale du soleil cosmique !

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

7 Comments

  1. 3 juillet 2017
    Reply

    La vraie nouveauté concerne la micro influence.
    Etant donné que le revenu moyen d’un prétendu influenceur nouvelle génération est de 5000/an (oui par an), le jeu aujourd’hui prend une tournure différente.
    Dans ton article, tu penses surtout au mega influenceur, alors que du côté marque on doit se tourner vers la multitude de « petits ».
    Cela dit, la mega star reste une valeur sûre.

    Le constat aujourd’hui est que la profession rêvée par les jeunes n’est plus astronaute ou pompier, mais Youtubeur ou influenceur.
    C’est clair que tu pointes du doigt l’essentiel car ces petits jeunes ont bien souvent mis la charrue avant les boeufs. Il faut être utile et/ou intéressant avant tout. L’influence est une conséquence.
    Comme tu le dis, c’est le récepteur (l’influencé) qui est seul juge.

    • 3 juillet 2017
      Reply

      C’est vrai que je n’ai pas traité de l’après. Qu’est-ce que ça donne concrètement, à part, finalement, une horde (qu’on peut dire de « zombies ») prête à tout. A « tout », parce que prête à essayer une tonne de produits… Sans être rémunérée (ou presque) et finalement, ne se rendant pas compte que c’est la marque qui les utilise. Que c’est la marque qui les influence. Qu’ils nourrissent encore une Bête.

      Le constat aujourd’hui est que la profession rêvée par les jeunes n’est plus astronaute ou pompier, mais Youtubeur ou influenceur.

      Et est-ce que ça ne procède pas de la même chose, en fait ? Je lance l’idée, je n’y avais pas songé : mais pourquoi les petits voulaient être astronautes ou pompier (bon, de mon temps, on voulait être paléontologue, la faute à Jurrassic Park et Indiana Jones) ? Est-ce que c’est pas parce qu’on vendait justement « la réussite » sous ces traits ? L’influence (et donc le respect des autres) grâce à ces professions ?
      Peut-être que si demain on leur dit que les gens qui bossent dans la métallurgie sont des gros malades avec une constitution de dingue, on aura un autre phénomène de mode, avec une génération « neo-nains-sous-la-montagne » ?

      Quoi qu’il en soit, on touche à pour moi un problème de ce siècle : on ne veut plus faire quelque chose, mais être. Juste être. Célèbre, influent, riche… Peu importe. Et c’est une machine à vide. Existentiels, mais productifs aussi. J’pense pas qu’à long terme ça soit bon pour une économie ou une civilisation de tout bâtir sur des… Concepts. Car ils ne sont que ça.

      Pour revenir au début de ton commentaire, la marque va viser le petit, parce qu’elle vise le persona final, qui est sa cible. Elle revient aux bases. On est dans un monde qui est affamé d’Humain. Notre société crève la dalle des relations sociales, c’est hallucinant. On n’arrête pas de créer des réseaux, des appli, des services. On n’arrête pas d’entendre « émotion », « histoire ». Et ce dont la masse a besoin, c’est autant de produits, ou de leviers de marketing utilisables pour nourrir une autre Bête (oui, je suis très biblique aujourd’hui).

      Ca marche, ce marketing de proximité, cette influence par l’ami, ou le membre de la famille ! Parce que non seulement ça répond à un besoin de relationnel entre les gens et les institutions, mais ça marche aussi car c’est une belle manipulation. On sort d’une époque consumériste désincarnée. Pardon : on nous fait croire qu’on sort d’une époque consumériste désincarnée, nous, gens assez malins pour s’en être rendus compte et théoriser à ce sujet. Et comme on est tout pompeux d’avoir « percé à jour le système », on fait une petite danse de la joie et… On se jette sur ce que le système nous met sous le nez : sa mutation. Quoi donc ? Exactement ce qu’on réclame : plus d’Humain, plus d’émotion.

      Sans dire qu’on en arrive à dévoyer un concept dès lors qu’on le transforme en produit (même si la question peut se poser, je le vois au travail), il faut être franc : à la fin, le client, l’adepte, le fidèle, est quand même bien niqué.

      Grosse digression, mais ça m’a fait naître des réflexions, c’pour ça.
      Je pense que cette histoire d’Influence est surtout là pour donner envie aux gens de consommer ces théories, etc. Un peu comme le Handspinner. La plupart des gens qui achètent le font désormais car on en parle… Mais le truc ne sert à rien. Mais rien de rien. Sauf qu’ils achètent. Parce qu’à force d’en parler, ça leur donne l’impression qu’ils doivent au moins connaître le produit.

      A qui profite le crime ?

      • 3 juillet 2017
        Reply

        Faire des études et trouver un bon job dans une bonne boîte n’est plus tendance.
        Est- ce mieux ou pas d’aspirer à être entrepreneur, startupeur ou influenceur ?

        Au final, t’auras toujours peu de gagnants (1%…. 10% ?)
        Ce n’est pas le système des wannabe influenceurs qui t’interpelle, mais plutôt le fonctionnement de la société.
        Je pense que le plus important n’est pas d’être sous influence, mais plutôt la prise de conscience.

        A partir du moment où je comprends le mécanisme et que je l’accepte, il n’y a pas trop de problème amha.

        Si je veux une Aston Martin DB9 c’est pour être comme James Bond. Je sais que je ne serais pas avoir des gadgets trop cools et que je ne pourrais pas lever les meufs comme JB, mais je suis tout de même en contrôle. Je suis influencé parce que je le veux bien.

        Le crime profite à tout le monde. Même si, en théorie, cela semble une bonne idée d’exister par soi-même, cela serait une société ingérable.

        • 4 juillet 2017
          Reply

          Mieux pour qui ? Par rapport à quoi ? C’est la perche que tu me tends d’ailleurs : c’est une question très relative (Merci Einstein, décidément !), et très personnelle. Et puis, oui : t’as beaucoup d’appelés, peu d’élus comme on dit. On parle souvent de « ruée vers l’or ». Mais c’est quoi comme phénomène ? Une chiée de gens qui débarquent sur un carré de terre et qui creusent. Au début, t’en as un. Il se fait des couilles. Puis deux, puis dix. Ils arrivent encore à s’en faire. Sauf que le filon n’est pas rentable… Au-delà. Alors, t’en as un qui va finalement revendre sa pelle, aux nouveaux arrivants. Il voit que ça marche, il en fait un business. Et quand tout le monde te copie pour en vendre ? Que tout est saturé de concurrence ? Tu te mets à vendre des trucs pour les ampoules, etc.

          Ce n’est pas le système des wannabe influenceurs qui t’interpelle, mais plutôt le fonctionnement de la société.
          Je pense que le plus important n’est pas d’être sous influence, mais plutôt la prise de conscience.

          A partir du moment où je comprends le mécanisme et que je l’accepte, il n’y a pas trop de problème amha.

          Exact. Exact. Exact. Pour les trois points. Je suis fascinée par ça, je suis fascinée de découvrir à mon tour ce qui m’influence, quand, pourquoi… Et je suis fascinée (et satisfaite) de travailler à ma « vue ».

          En fait, c’est même au-delà de la volonté : je crois que c’est immuable (je l’ai dit, j’crois dans l’article). C’est impossible de ne pas être influencé. Rien que notre opinion, nos goûts, etc. Proviennent en grande partie de notre éducation. Même le goût, le sens basique hein, est influencé par ce que l’on mange/boit/fume. Je pense que la « virginité » d’une opinion et/ou d’une personne est impossible. Et… Sa liberté, car je crois que c’est le sens de ton propos final, est une illusion. Généralement savamment orchestrée par d’autres qui pensent qu’ils tirent les ficelles en étant les maîtres du monde.

          Mais, et c’est là qu’on voit que je confine au génie parfois : ces maîtres ne pas plus libres que leurs ouailles, ils se nourrissent d’elles !

          (Du coup, on pourrait presque reboucler sur la servitude volontaire, et autres concepts dans le genre ^^)

  2. 3 juillet 2017
    Reply

    *** »Tout le monde est influenceur, en fin de compte »
    OUI ! Et tout les bouquins te le diront. Et même sans bouquin, il suffit simplement de s’observer vivre au quotidien pour voir comment se joue l’influence.

    *** »Pour commencer, on vous fait croire qu’Influenceur est un titre. Voire, un métier. Et c’est faux. C’est faux »
    Oui et non. C’est un métier, dans le sens ou si tu veux jouer de l’influence, il faut connaitre les mécanismes psychiques et sociaux qui se joue devant toi pour savoir en tirer parti. Et cela ne se fait pas « comme ça ». Donc, il y a une part d’apprentissage et de doigté. En te débrouillant bien, tu peux en faire « un métier » via un blog, ou des conférences, ou tiens, un livre ^^

    Note : parfois, l’influence commence par du léchage de botte (pour rester polite un tantinet). D’abord, tu cires les pompes, ensuite t’es adoubé, puis enfin, tu peux prétendre être un « Boss ». Où qu’ils sont les sacs à vomito siouplé ?

    *** »ne cherchons pas à le définir, mais amusons-nous avec ce qu’on peut voir sur le Web depuis quelques mois. »
    Dommage ! Bon, le dico explique très bien la chose. Mais remettre la définition de base ici eut fait sens.

    *** »Et si, vous aussi, vous deveniez quelqu’un d’important, quelqu’un qui compte ? Parce que c’est cela la promesse : vous aider à ne plus être « rien ». Vous aider à « compter » dans votre travail. À voir votre avis devenir impactant. »
    Tu joues ici la caricature, et c’est dommage. Parce que oui, c’est important d’être reconnu dans ce que l’on fait. Que cela soit au travers d’un taux horaire (siflotte) ou d’un « statut ».

    Tu préfères le taux horaire, choix respectable. D’autres sont plus en quête d’une reconnaissance par autrui. Est-ce mal ? Est-il également mal de leur donner des pistes et des outils pour adopter une attitude qui les aideras d’une se donner à eux même de la reconnaissance dont-ils ont besoin, avant que leur public (aussi infime soit-il) ne la leur donne ?

    *** »L’Influence est devenue un business. Les coachs vous assurent qu’il vous faut apprendre à l’être, et quoi de mieux que leur tips et formation pour ça ? Mais si vous achetez leur produit, qu’est-ce que vous faites au juste ? Que faites-vous, à part légitimer leur expertise, à part envoyer le signal le plus précieux dans le Marketing : « Cette personne/marque est digne de confiance, est utile. » ?

    Et vous tombez dans le panneau, après tout, vous aussi vous voulez votre part du gâteau. Votre part de ce « rêve à Américain 2.0 ». »

    Effectivement, l’influence est un business. Mieux communiquer, c’est faire un meilleur usage de son influence. Cela ne date pas d’hier. Le lobbying est influence. Tout est influence. Rien de neuf.

    Le coup des formations. Pour le moment, je n’en ai pas vue. Mais je ne cherche pas. De ce côté-ci, c’est comme toutes formations, y’en a des bonnes, et des mauvaises. Tout mettre dans le même panier ? C’est aller vite en besogne ne trouves tu pas ?

    *** »Si vous voulez que ce que vous faites ait de l’Influence, mais que ce que vous faites se borne à chercher un moyen de faire en sorte que ce que vous faites ait de l’Influence… Vous ne faites rien. À part chercher à capturer un truc qui n’existe pas… Puisque vous ne l’avez pas fabriqué. »
    Là, je te rejoins. Chercher à être influence n’a aucun sens si tu ne porte ni message, ni opinion. Dans le cas contraire, chercher à élargir ta zone d’influence, ça fait sens.

    • 4 juillet 2017
      Reply

      Avant que je reprenne point par point : l’article n’émet aucun jugement de moral. Parce que c’est tout simplement impossible, et que tout ceci procède de l’Humain (comme dit longuement à la fin du billet).

      « Oui et non. C’est un métier, dans le sens ou si tu veux jouer de l’influence, il faut connaitre les mécanismes »

      Non, c’est une compétence, mais c’est pas un métier en soi : on est influent dans un domaine, mais on n’est pas influent de l’influence. Même l’homme Politique, ou le journaliste (pour citer deux exemples de personnes à forte influence) ont des métiers. Qui reposent en grande partie sur leur compétence… Mais pour « rentabiliser » leur métier.

      « Note : parfois, l’influence commence par du léchage de botte (pour rester polite un tantinet). D’abord, tu cires les pompes, ensuite t’es adoubé, puis enfin, tu peux prétendre être un « Boss ». Où qu’ils sont les sacs à vomito siouplé ? »

      En fait, je pense que ça ne s’arrête jamais le léchage de bottes : tu le fais toujours au moins auprès de ta communauté. Au moins pour lui faire sentir qu’elle compte, etc. Que tu le fasses sincèrement ou non (et ça ne rentre pas en ligne de compte dans le processus de manipulation), dans tous les cas, tu lèches là où elle a envie d’être léchée. Parfois, on a plus d’ascendance sur quelqu’un en lui faisant croire qu’il en a sur nous, que son opinion compte, etc. Ici c’est pareil. Je pense qu’on n’arrête jamais.

      « Mais remettre la définition de base ici eut fait sens. »

      Non, c’était pas le propos. Tout le billet, repose sur l’idée que les lecteurs comprennent de quoi je parle, et partir d’une définition, c’est s’enfermer dans une vision. L’article tente d’en sortir pour réfléchir à un autre sens à l’Influence, à un sens que je trouve plus juste. Ca aurait, au contraire, peut-être embrouillé le lecteur sur le but final.

      « Tu joues ici la caricature, et c’est dommage. Parce que oui, c’est important d’être reconnu dans ce que l’on fait. Que cela soit au travers d’un taux horaire (siflotte) ou d’un « statut ». »

      Non plus. Je faisais même référence à des propos récemment tenus dans l’univers médiatico-politique. C’est une réalité, cette course, aussi brutale que je l’ai décrite. J’ai pas compris ton truc au taux horaire, je suppose que ça a un rapport avec ça :

      « Tu préfères le taux horaire, choix respectable. »

      Ca n’est pas le cas, bien au contraire. Ceci dit, ça n’est pas le propos.

      « D’autres sont plus en quête d’une reconnaissance par autrui. Est-ce mal ? »

      Pas « d’autre », tout le monde. C’est ce que dit l’article d’ailleurs. « Est-ce mal » ? Non, je le dis aussi dans l’article. Il n’était pas question de moralité dans mon billet.

      « Est-il également mal de leur donner des pistes et des outils […] »

      Non, encore une fois, ce n’est pas le propos du billet. La seule chose que je dis à ce sujet c’est qu’on ne donne pas les clefs d’une maison sans raison.

      « Effectivement, l’influence est un business. Mieux communiquer, c’est faire un meilleur usage de son influence. Cela ne date pas d’hier. Le lobbying est influence. Tout est influence. Rien de neuf. »

      C’est exact, d’où l’analogie avec les dieux, etc. Sauf qu’on en fait en business maintenant, on le théorise à sa source, on en fait quelque chose de pur. L’influence est dépouillée de son contexte, de son auditoire, elle n’est plus segmentée, elle est conceptualisée au maximum. Si je devais être plus graphique, je dirais que ce qui se passe avec l’Influence, c’est la même chose qu’avec le tableau « Carré blanc sur fond blanc » de Malevitch : difficile d’aller plus loin.

      « Le coup des formations. Pour le moment, je n’en ai pas vue. Mais je ne cherche pas. De ce côté-ci, c’est comme toutes formations, y’en a des bonnes, et des mauvaises. Tout mettre dans le même panier ? C’est aller vite en besogne ne trouves tu pas ? »

      En fait, il y en a plein. Un article, un séminaire, un coaching pour être plus influent, il y a beaucoup de production à ce sujet. Je n’ai rien mis nulle part je crois que t’as raté le sens du billet, en fait. Je ne dis pas que c’est « bien » ou « mal ». Je fais un constat simple : la position dominante n’est pas nécessairement là où on la pense. Je la retourne, et c’est le plot, du titre à la conclusion.

      « Là, je te rejoins. Chercher à être influence n’a aucun sens si tu ne porte ni message, ni opinion. Dans le cas contraire, chercher à élargir ta zone d’influence, ça fait sens. »

      En fait, influencer n’a pas de sens. En théorie, l’Influence serait quelque chose de brut, comme le feu. Issue d’une série d’actions, conséquence directe de ta propre production. Elle s’amplifie, évidemment, pour nourrir ta production à long terme, pour la faciliter, l’accélérer. Mais si tu cesses de faire ce que tu faisais à la base (de la politique, de présenter un JT, de fabriquer une armure de cuir, d’inventer de nouveaux objets, …) ton feu n’est plus nourri. Il s’éteint, tu perds ton Influence, naturellement.

      Le sens de l’article est là :

      L’Influenceur n’est rien sans son influencé, c’est ce dernier qui détient d’ailleurs le vrai pouvoir. Et enfin, l’Influenceur n’est rien sans ce qu’il crée, et qui – quelque part – l’a créé, le définit, bien au-delà de ce titre vide. Car avant d’être un Influenceur, il est Influenceur pour un domaine. Parce qu’il est acteur, moteur de ce domaine. Ca passe par un don personnel.

      Un peu comme un don qu’on fait aux dieux, en espérant qu’ils nous rendent la pareille par des joies au cours d’une vie. Ici c’est pareil.

  3. 4 juillet 2017
    Reply

    PS : « Pour commencer, on vous fait croire qu’Influenceur est un titre. Voire, un métier. Et c’est faux.  » >> Oui, d’ailleurs, on parle de Lobbyiste (j’suis pas certain de l’orthographe).

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