Bienvenue dans la Matrice

Cette semaine, une image particulière a choqué une partie du Web. Celle de Mark Zuckerberg, en train de marcher dans une salle remplie de personnes branchées sur des casques de réalité virtuelle. C’était à l’occasion du Mobile World Congress de Barcelone. Et pour le reste des détails, vous chercherez dans la presse, car ce n’est pas l’objet de ce billet. Non, ce qui m’intéresse aujourd’hui, ce sont les réactions à cette photo, et la photo en elle-même.

Si l’on traite cette photo comme un tableau, qu’est-ce qu’on peut voir ?

Zuckerberg Matrix

 

Cette image a un côté glaçant, je dois l’admettre. Le cliché est très fort en symbolique, parce qu’il montre un patron d’une firme aux accents de BigBrother, marcher tout sourire au milieu de « sacs à viande » – plus communément appelés « humains » – ignorant tout de sa présence. Pis, chaque individu est branché à une machine, totalement rendu aveugle. Et puis, il y a cet effet de lumière réellement intéressant, qui donne à la photo un côté très « pictural ». Cela aurait été une peinture, n’importe quel analyste voudrait attirer notre attention sur la lumière.

Parce qu’il nous expliquerait qu’en la suivant, on peut facilement voir ce que le « peintre » voulait montrer. De quoi je parle ? Regardez bien : dans cette image, deux individus se détachent nettement. Zuckerberg, d’une part, car il est en dehors de la masse, en mouvement, souriant, et l’homme au CENTRE de la photo, qui a une chemise bleue.

 

Zuckerberg matrix version contrastée
Pour bien illustrer, j’ai augmenté les contrastes de la photo.

 

J’ignore si c’est volontaire de la part du photographe, ou un pur hasard. Mais ce mec est pile au centre. Plus intéressant encore, la clarté de sa chemise le fait nettement ressortir dans la foule essentiellement habillée de vêtements sombres. Et là, on commence à comprendre pourquoi ça peut choquer.

Zuckerberg matrix focus homme
Un petit focus sur notre cobaye.

L’homme est assis, presque avachi. Il a un embonpoint, ce qui reste aujourd’hui l’un des plus gros symboles de notre société de consommation. Sur ses genoux, un ordinateur. Pas n’importe lequel : un Mac. Autre symbole fort de notre époque. Apple, Facebook, Google et Microsoft, sont des entreprises régulièrement pointées du doigt quand il est question de surconsommation, de respect de la vie privée, etc. Ensuite, il ne sourit pas. Pas du tout. Son visage est complètement tordu, dans une grimace qui lui donne presque l’air d’être mort. Nous noterons d’ailleurs que l’homme devant lui tire également une gueule pas possible.

Et à côté de ce rassemblement, Zuckerberg, en mouvement, en lumière également, souriant, et conquérant. Le fait qu’il marche au moment de la photo donne cet élan de conquête, cette allure de petit Napoléon numérique. Le fait qu’il sourit, comparé à ses congénères branché – et plus particulièrement notre homme de tout à l’heure – accentue nettement le contraste. Bon, de base, ce garçon a une tête qui ne me revient pas, et j’ai toujours trouvé son sourire malsain. MAIS, je pense que l’effet est plus saisissant PARCE QUE les gens tirent la gueule à côté.

Enfin, il y a un élément récurrent de l’image qui pousse encore plus loin l’impression d’Humanité branchée : les câbles qui partent des casques, et qui arrivent… Eh bien on ne sait pas justement ! Et le fait de ne pas savoir, laisse libre l’imagination, que nous avons débordante !

Branchés à l’Humain ? Aux publicités ? A un lavage de cerveau ? Allez savoir ! Mais je défie quiconque de me dire qu’il n’a pas une mauvaise impression, une « idée négative » en voyant ça. Ce foutu câble fait quand même naître l’idée d’une Humanité sous perfusion. Et cela n’aide pas à bien prendre cette photo…

Raison du choc : prise de conscience, ou culpabilité ?

Et je vous pose directement la question ! Parce que sur le Web, des réactions, on en a vu ! Je ne saurai vous chiffrer le nombre de références à 1984, Matrix, etc. Les gens se sont emparés de cette photo, de la même manière qu’ils auraient frétillé à un cliché de pseudo-zombies, d’E.T, ou autres.

Outre la puissance de l’image sur laquelle j’ai attiré votre attention précédemment, je crois que la raison principale à ces réactions est le fait qu’on est face à une « concrétisation » de peurs, et d’idées populaires. Après les livres, films, comics, et j’en passe, nous avons dans la « vraie vie », une représentation parfaite. Se passe alors un étrange phénomène : naissance de la peur, et de la culpabilité.

Peur qu’il soit « trop tard ». Peur que cela soit le début du déclin de l’Homme (car nous sommes encore incapables de nous imaginer une certaine pérennité dans le virtuel…). Peur d’être manipulés. Peur d’être élevés en batterie… Bref, les idées ne manquent pas. Et les articles à ce sujet non plus.

En revanche, peu de billets parlent de ce sentiment de culpabilité. Pourquoi je dis ça ? Parce que toutes les personnes qui réagissent sont hypocrites quelque part. Eh oui : pour avoir vu cette photo – vu qu’elle vient de paraître – il faut nécessairement avoir Internet, surfer dessus, voire… Voire avoir un compte sur un quelconque réseau social !

BIM, gros MindFuck, de rien 🙂

Nous sommes déjà branchés. Et depuis longtemps. Si l’on pouvait ressusciter un mort du début du siècle dernier, et qu’on prenait une photo de nous (juste d’une personne sur son pc/smartphone/tablette), et qu’on la lui montrait, que se dirait-il ?

Autre question : qui parmi vous dit encore « rencontres virtuelles » ? Lorsqu’il parle d’un contact trouvé sur Internet ? Combien de fois entendons-nous cette folle idée que le Web est « virtuel ». Qu’il existe aussi « L’IRL » (In Real Life) ?

Cette photo devrait être imprimée au format historique

A l’instar d’œuvres comme Le Radeau de la Méduse, et je ne prends pas cette peinture au hasard, nous sommes faces à un scandale, avec une technique de mise en lumière toute aussi intéressante. Face à un moment qui semble anecdotique, et qui pourtant, prend des accents de référence historique !

Personne n’y est insensible. Elle nous oblige à nous poser des questions qui nous gênent. Et c’est pour cette raison que le cliché nous fait autant réagir ! Reste à en faire quelque chose.

 

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

23 commentaires

  1. 24 février 2016
    Répondre

    Je ne suis pas d’accord.

    Alors oui, c’est sûrement une de ces photos qui fera le tour du monde et restera emblématique de l’année 2016…

    C’est aussi une allégorie de tous les fantasmes dystopico-totalitaires à la sauce Orwell très bien décrits ici aussi : http://affordance.typepad.com//mon_weblog/2016/02/le-regard-allegorie.html

    Par contre, est-ce une hypocrisie d’en parler ? Doit-on se sentir coupable pour autant d’utiliser Internet ? De naviguer sur des pages HTML supporté par un HTTP bien innocent, de son côté ? Non. Non, Facebook, ça n’est pas Internet. Internet n’est pas une rue marchande ni une place de marché. Chacun est encore un peu libre de choisir la durée hebdomadaire de son asservissement volontaire. Les sites indépendants existent aussi, ils relaient cette photo, comme toi.

    Donc oui, c’est un petit événement, mais non, ça n’est pas une raison de culpabiliser.

    En tout cas, c’est surtout un méga buzz pour Facebook

    • 24 février 2016
      Répondre

      Je pense aussi que cette photo marquera et qu’elle restera. Après, je ne dis pas que c’est une hypocrisie d’en parler, je dis qu’il est peut-être hypocrite d’être choqué quand on ne maîtrise pas nous-même notre propre asservissement. Je suis entièrement d’accord sur le fait qu’Internet et Facebook sont deux choses différentes. Pour nous. MAIS ! Je ne sais plus où j’ai lu ça, mais j’avais vu une sorte d’infographie montrant que pour beaucoup (trop ?) d’ados, Facebook EST Internet.

      Je trouvais ça incroyablement parlant, en fait, et peut-être fondamentalement inquiétant pour « l’avenir du Web ».

      Sur le point de culpabilité, je suis également de ton avis. Je ne dis d’ailleurs pas qu’il faut culpabiliser, j’essaie de proposer une raison à cette culpabilité que je ressens quand je lis les commentaires autour. Pour aller plus loin, je ne pense pas qu’une Humanité connectée en permanence au monde « virtuel » peut être dangereux. Je crois que cela ne nous détruira pas plus que l’invention de l’imprimerie, de la roue, etc. Cela sera une autre façon de vivre.
      Et, très honnêtement, je pense qu’actuellement nous avons d’autres dangers en « liberté », qui eux, n’ont pas attendu le numérique pour se manifester et nous asservir.

      Je rebondis sur une remarque qu’un de mes proches m’a fait en privé sur mon analyse visuelle de la photo (et ça me permet de rebondir aussi sur le buzz pour Facebook), la photo montre un Zuckerberg dans une posture complètement christique. Et je me demande dans quelle mesure cela ne nous chatouille pas également. Je pense que ce qui est à creuser dans cette photo, dans l’indignation qu’elle nous pousse à ressentir, est peut-être moins l’aspect « connexion » que l’aspect « renoncement de soi au profit d’un seul, d’une firme, etc. »

      Comme tu le dis d’ailleurs en parlant d’asservissement. Mais je ne crois pas que nous soyons en train de nous nourrir aux mamelles de l’informatique. Je pense qu’on suçote plutôt les 1% qui nous brandissent ces « innovations ». Enfin, je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire ^^

  2. 24 février 2016
    Répondre

    Oui, bon, en gros on est d’accord. Mais pour une fois je voulais prendre le contre-pied, histoire que l’utilisateur lambda (sois le bienvenue si tu lis ce message, by the way), ne se rende pas compte trop vite de la connivence manifeste entre blogueurs(ses).

    Il y a en effet quelque chose de très christique là-dedans, tout comme dans l’image de feu Steve Jobs que les jeunes cadres dynamiques se repassent de Linkedin en Linkedin.

    Ça doit être ce besoin d’avoir des « grands hommes », idéal quand on est soi-même petit à l’intérieur. Et ce n’est pas Napoléon qui dirait le contraire.

    • 24 février 2016
      Répondre

      Zut, alors : Tu di de la mer2, t kun trol.

      Et bien vu le parallèle avec Jobs… Après, je ne suis pas neutre, j’ai toujours eu du mal avec le personnage et son culte de la personnalité poussé à outrance. Et enfin, mais on va encore me traiter de collabo lobbyiste : je suis encore d’accord avec toi sur le besoin « d’un autre » pour se réaliser quand on s’en croit nous-même incapable. Ca flirte drôlement avec les questions de sauveurs (divins, entre autres).

  3. François
    2 mars 2016
    Répondre

    Allez je me dévoue : je fais le troll (soit la force adverse pour qu’on puisse faire semblant de débattre ^^).
    « Liberté ! » c’est votre cri préféré : mais j’ai perdu la foi aux « grands événements », dès qu’il y a beaucoup de hurlements et de fumée autour d’eux.
    https://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra/Deuxi%C3%A8me_partie/Des_grands_%C3%A9v%C3%A9nements

    Ce qui est amusant à penser c’est le double effet « kiss-cool-lynch-cadre/métacadre » de cette photo. Pendant que tout le monde regarde son écran = pendant que tout le monde parle de cette photo buzzante et déjà usée.
    Ma question : mais qui donc se balade en christ pendant que nous lisons et écrivons sur des écrans? Qui donc est le Zarathoustra?

    • 3 mars 2016
      Répondre

      Le troll ou force adverse ? Certainement pas ! A moins que je n’ai pas compris ton commentaire, mais je le trouve au contraire énormément dans l’idée. Et ta conclusion plutôt glaçante de vérité…

      PS : T’es balaise pour sortir de tête (?) un extrait de Zarathoustra. Étrangement, ce n’est pas du tout l’oeuvre qui m’a le plus marquée chez Nietzsche. Mais j’pense que c’est lié à ma propre construction. On accroche – surtout avec un philosophe – en fonction de ce que l’on cherche, quelque part ^^

  4. François
    3 mars 2016
    Répondre

    Hélas si tout me sortait de la tête, je pourrais enfin me laisser pousser les moustaches et regarder voler les papillons aller et venir sur les rives du lac Silvaplana. Or il n’en est rien ^^. Je suis obligé d’éteindre mes écrans nuitamment (quel soulagement) et de faire le tourneur de pages. A l’ancienne quoi :-). Dans mes souvenirs (vite récompensés) Zarathoustra me paraissait une figure plus intéressante que celle du christ car messianique mais annonciatrice d’un nouveau monde nihiliste et postmoderne. Il m’a suffit de me replonger un peu dans le texte pour trouver un passage parlant. Ce n’est donc pas, hélas, un tour de magie ou une capacité hors-norme qui m’affecterait.
    Et pour reprendre ce que tu dis, je suis d’accord avec toi, on ne cherche que ce que l’on trouve… Mais, je rajouterais : encore faut-il savoir ce que l’on cherche ^^.
    Et pour conclure (et revenir) sur cette photo, je crois bien que c’est bien le problème de tous ces gens devant leurs écrans, ils ne cherchent (plus) rien, ils sont comme happés par « ce qui les regarde ».
    Ils ne regardent plus. Ils sont simplement regardés.

    • 3 mars 2016
      Répondre

      Il y a de quoi faire un vrai débat philosophique sur ta dernière partie. Car il y a du vrai. Mais j’ai envie de te chercher un peu (à ma petite échelle, tu me pardonneras :p) : est-ce qu’être devant un écran empêche la recherche, et rend aveugle ?

      Je ne suis pas convaincue. Je pense que la numérisation du monde fait que les gens apprennent (ou peuvent apprendre) à naviguer, et à voir en perspective et en trois dimensions. Et donc, développer une vraie représentation spatiale. Voire, une réelle projection. Je dis cela, car de ma fenêtre, ceux qui observent le monde de ces deux manières (la première dite « réelle » et la seconde dite « virtuelle »), ont – à mon sens – un meilleur sens analytique et critique. Ils semblent plus à même de voir les détails, de les dénicher, et d’en tirer de grandes idées (terribles, ou exaltantes).

      En d’autres termes, je ne pense toujours pas qu’il faille opposer le numérique au matériel ^^

      (J’espère que j’ai pas été nébuleuse, ça faisait vachement sens dans ma tête)

  5. François
    3 mars 2016
    Répondre

    Je ne crois pas opposer le numérique et la vie irl. Je remarque que l’augmentation exponentielle des liens utilitaristes (des liens humains comme des liens entre les signes sur le web et irl dans leur connexion, leur entrelacs et leur nervure, c’est à dire leurs réseaux machiniques enchâssés) va de paire avec une perte très importante de contenu, de fond (de transcendance comme dirait mon homonyme pontife). Ce que je dis n’est pas nouveau mais je reprends en partie l’analyse de Baudrillard. L’info-obésité existe, l’écume des jours nous occupe et nous divertit (au sens pascalien) dans une danse déglinguée (et surtout programmée pour nous faire alimenter la machine) qui fait la part belle au non sens, au vide démultiplié dans les espaces effrayants et infinis. Pour trouver un sens, il faut une origine et un désir problématisé. je veux dire par là que, comme dirait mon prof de taichi, « une fois la base posée, le reste va tout seul ». Mais comment veux-tu poser la base et trouver une projection vers alors que tout se dérobe sans cesse dans un bruit, une fureur (cf William) que plus personne ne peut prendre le temps d’écouter? Ce n’est pas la faute du numérique, ce n’est de la faute de personne du reste. C’est juste une observation en passant. Comme quand on écoute le vent dans les arbres. bécots story-telleuse de débat ^^

    • 3 mars 2016
      Répondre

      Ah ! J’avais mal compris, au temps pour moi. A moins que je n’ai fait que projeter une critique qu’il m’arrive de faire… C’est possible, en fait.

      Je suis assez d’accord sur l’idée que la sur-connexion peut entraîner une baisse d’intérêt pour le fond. Une sorte de surf (à l’image du surf d’Internet, peut-être). Cela dit, j’observe, même en pleine tempête d’infobésité liée à la connexion, une vraie passation d’informations comme on n’en n’avait plus eu depuis longtemps. Après, attention, je parle d’un point de vue strictement personnel, et j’ai envie de dire que j’ai la chance d’avoir un entourage qui peut fausser la donne. Mais, il est vrai que mes cercles (numériques pour ne parler que d’eux) ont tendance à énormément partager les contenus de fond.

      Et plus je m’ouvre au Web (comme je suis obligée de le faire professionnellement), plus je découvre et entre en connexion avec des personnes qui me poussent à aller plus loin. Rien que sur cette discussion : Toi et Mais Où Va Le Web. Typiquement !

      Je ne pense pas non plus que l’on assiste à une dérobade catastrophique dans tous les sens (du moins, c’est comme ça que j’ai lu ton commentaire), c’est intense et explosif, mais ce n’est pas moins porteur d’avenir et de problématiques, d’espoirs et de désirs que les autres décadences passées (sociétales, idéologiques, etc.). Je pense juste que l’on assiste à quelque chose qui nous angoisse à notre échelle parce que cela ne se produit qu’une fois toutes les morts d’Evêques. Mais l’info-bésité, quand on y pense, n’est pas nouvelle.

      Nous avons remplacé les propagandes royalistes, ou cléricales, par celles des médias et de la consommation. C’est facile ce que je dis, je sais, mais j’aime bien cette idée. Hier, finalement, on était tout autant gavés d’informations calibrées, qu’aujourd’hui. Elles n’ont tout simplement plus la même forme, et aujourd’hui, on est dans une phase de ce cycle où la saturation revient.

      Jusqu’à ce qu’il (le cycle) prenne fin, probablement violemment, pour laisser place à un autre. Avec les mêmes problématiques d’aveuglement de masse par la sur-et-dés-information, qu’aujourd’hui, ou hier.

  6. François
    3 mars 2016
    Répondre

    oui, je suis d’accord je crois avec ce que je crois comprendre de ce que tu dis (cela me divertit de ma landing page à écrire). L’écume sémiotique dans laquelle nous vivons (j’aime Sloterdjick aussi ^^) n’est d’ailleurs pas forcément pérenne tant les désirs de renversement de cette écume est forte (je pense aux élans totalitaires d’aujourd’hui, ils sont quand même très nombreux). Ils ont envie de faire rebasculer les choses vers l’unité de l’histoire, de la grande histoire, religieuse, politique etc. Les deux tendances s’affrontent très violemment aujourd’hui.

    • 3 mars 2016
      Répondre

      Com-plè-te-ment ! (Et je suis désolée de te ralentir dans ton travail, on est deux remarques, mais nos conversations sont toujours ultra-intéressantes).

      Aujourd’hui on est dans l’éternel combat (qui pourrait être biblique tant il est ancien et fondateur) entre la réflexion et l’obscurantisme total. Entre « l’idéologisme » et l’envie d’idées. Il y a, comme tu dis, un désir de bataille, de grandeur, d’épique, de légendaire. On sent un grondement qui rêve de quêtes et de guerres façonnant le Monde entier, de nouveau Testament, et j’en passe. Il y a une perte totale de mythologie, de fantasme irréel, qui fait que la masse (au sens pur du terme) a tendance à chercher du côté de tous les vieux mythes éprouvés dont pourtant elle ne voulait plus.

      Faute d’une capacité de renouveau, en plus. C’est ça le pire. Elle a beau les avoir rejetés, elle en redemande, car incapable de créer d’autres. Comme si le mythe, « l’epicness », ne pouvait être autre chose que révélé…

  7. François
    3 mars 2016
    Répondre

    C’est la force de l’histoire… je veux dire du storytelling ! Nous ne vivons que d’histoires ! Nous échangeons nos histoires, vivons nos histoires, tuons nos histoires (et les autres avec), changeons d’histoire etc. Que tu les appelles « scripts » socionormés, r »rencontres », « fraction » (un objet par rapport à un autre objet), « narratives », « histoire d’amour », « ratios thématiques et problématiques » ou encore »techniques de fictions ou de copy-writing », ce sont toujours les mêmes vieux dadas sur lesquels on monte !
    On les enfourche à l’écoute du clairon. Tiens voilà une histoire, elle se présente, elle t’emmène vers un dénouement (véridiction : tu veux savoir si l’élan, le désir va pouvoir triompher des forces adverses) que tu veux solutionner. Mais te voilà ensuite dans la dépression post partum du désir réalisé. Vite, trouver une autre histoire, un autre désir… Le désir est infini.Ad libitum.

    • 3 mars 2016
      Répondre

      Tu m’as foutu le bad, du coup. L’impression d’une incapacité à être satisfaite au final. A cause de ces désirs inassouvis. Et le pire, c’est que je me demande si ce n’est pas une réalité. Ce qui fait que l’on continue de « jouer », le fait de ne jamais être satisfait.

  8. 4 mars 2016
    Répondre

    Bonjour Camille,

    je dois être à l’ouest moi, car je n’avais même pas vu qu’il y avait eu un bad buzz avec l’ami Mark.

    Par contre, avec vos échanges toi et François, je risque pas de revenir de mes lymbes (situées à l’ouest si tu suis), mais c’est fort intéressant… faudra que je relise sans le mal de crane.

    • 4 mars 2016
      Répondre

      Salut,

      Sérieux, je sais pas comment tu as fait, c’est passé à mort sur Twitter.
      J’te rassure, avec François, je ne suis pas toujours certaine de comprendre moi-même. Mais parler avec lui est une caresse de virgule absolument géniale. Parce qu’en plus, c’est toujours très poétique, aussi ^^

  9. 15 mars 2016
    Répondre

    Bien vue, jolie analyse d’image.
    Sur la lumière, on aurait pu préciser qu’elle était bleutée, ce qui nous renvoie direct à l’image d’une lumière-néon, artificielle, d’écran. Bref rien à voir avec la lumière naturelle, jaune, du soleil. La lumière bleue est la plus hard pour nos petits yeux, et pourtant c’est celle qui gagne de plus en plus de terrain. Elle fait futuriste, pas que pour le meilleur.

    Ceci dit, faut arrêter avec Orwell. Ça n’a rien a voir avec 1984, qui ne parle strictement pas de virtualité, de numérique ou de matrice. 1984 c’est le totalitarisme ouvrier, type Staline ou Hitler, avec une police de la pensée et une surveillance généralisée, mais pas d’élevage de masse d’une population consentante. Ça c’est Le Meilleur des Mondes.

    • 15 mars 2016
      Répondre

      Tiens, j’adore ton idée de la lumière, j’avais pas du tout percuté ce point !
      Et on pourrait aller encore plus loin quand on sait le nombre de personnes en manque de vitamine D, essentiellement du fait de leur non-exposition au soleil (non, je ne pense pas à mon teint blafard, c’est faux !).

      Oui, la plupart des papiers relevait un rapport, mais essentiellement parce qu’aujourd’hui, toute allusion est fait sur 1984, ou presque. Je ne sais pas si Le Meilleur des Mondes est réellement connu et populaire, beaucoup pensent que 1984 est LA référence ultime, et la plus angoissante, alors que son prédécesseur (et de beaucoup) est plus approprié à ce monde. Ne serait-ce que sur les aspects « aucune émotion négative », « gavage aux psychotropes », ou encore « uniformisation du corps et manipulation génétique ». Manque plus que les gens soient cantonnés – du fait de leur physique et psyché – à des métiers et… Hum. En fait…

      Merci encore pour ta réaction, même si nous ne sommes pas d’accord sur Twitter :p

      PS : J’ai raison !

      • 15 mars 2016
        Répondre

        C’est chouette, vive la discussion entre personnes consentantes (et mort aux trolls). Et non, c’est moi qui ai raison.

        Je vais surement faire un article sur 1984 et Huxley, pour recadrer les références sur des dystopies qui collent réellement aux sujets évoqués. Parce que voir des gens balancer du « Big borther is watching you » dès qu’ils voient une publicité, ça commence à me courir.

        Tiens, pour revenir à ton image de M. Zuck’. Une idée qui me vient d’Alain Damasio : Lorsqu’un enfant joue avec une poupée (ou des Lego, enfin un jouet quoi), il invente, créé un univers, tout vient de lui, le jouet est un vecteur qui enrichit l’imaginaire. Mais s’il joue à la console, ou regarde la télé, il est passif, tout vient à lui mais rien ne vient de lui. Il consomme. Il n’est plus capable d’imaginer, mais uniquement de reproduire ce qu’il voit.
        On aurait de quoi dire quand on voit que, justement, la firme Lego ne développe quasiment plus que des jouets basés sur des franchises filmiques…!
        J’essaie d’appliquer ce principe à ma vie : développer avant tout ce qui vient de moi, de l’imaginaire, ce qui fait travailler le cerveau, l’imaginaire et la création.
        Je trouve ça très parlant avec l’exemple de la photo de ton article. Il faudrait essayer de faire quelque-chose, pas seulement de bouffer de la matière première. Or, tous ces gens dans des casques de « réalité virtuelle » (hallucinant oxymore) sont strictement passifs.

        • 15 mars 2016
          Répondre

          Ouais, ça change et ça fait plaisir de voir le Web redevenir ce qu’il devrait être (j’ai un peu de retard, désolée).
          Non, j’ai toujours raison.

          Je ne sais pas pourquoi 1984 a un aussi forte présence dans les esprits. A cause de la pub Apple ? A cause de la surveillance de masse ? Je sais pas, perso, le Meilleur des Mondes m’a beaucoup plus angoissé que 1984, et pourtant, j’ai préféré lire ce dernier ^^

          Je ne suis pas d’accord sur le principe qu’un joueur de jeux vidéo est passif. Un spectateur de cinéma/télévision, oui, un joueur non. Prenons tous les jeux de gestion et de création, il y a cet imaginaire, cette action. Côté RPG, ou même les bêtes et méchants FPS : il y a une réelle interaction entre toi et la machine voire… Entre toi et les autres joueurs. Qui eux, sont très réels. Quid des RPG en ligne où le jeu de rôles papier est carrément transposé et où les gens imaginent des histoires et des personnages ? Et… Ah, je reconnais que j’viens bien te chercher : quid de Minecraft ? :p

          J’ajoute à cette idée que le virtuel (et les jeux vidéos) ne tue(nt) pas la création, un autre avis très personnel, tiré d’un constat tout aussi personnel : tous les joueurs que je connais produisent tous quelque chose de créatif et artistique. Tous, sans exception. Du coup, sans dire que cela peut participer à l’élaboration d’un imaginaire (mais je le sous-entends, et le crois fortement) à l’instar des livres. Je réfute et refuse l’idée que cela tue.

          Dans l’image, les gens sont passifs Physiquement. Mais intellectuellement, nous n’en savons rien. Un lecteur de livre est-il passif ? Un homme qui regarde un paysage est-il passif ? J’pense que l’on voit juste une redéfinition des mots, et des certitudes.

          Ce qui me permet de rebondir en disant que si « réalité virtuelle » est bien un oxymore d’un point de vue purement sémantique, pour autant, je pense que la réalité virtuelle n’est pas moins réelle que la réalité « matérielle » (faute de mieux ^^).

          (J’aime définitivement Internet pour ce genre de moments !!)

          • 16 mars 2016

            Tu marques ce point.
            Il n’empêche, je maintiens qu’un joueur de jeu vidéo ne peut pas créer dans ce jeu (la plupart du temps) même si je ne remets pas en cause la qualité des relations créées. A part des jeux comme Minecraft justement, et qui sont assez récent, on n’a un espace de liberté contraint au cadre prévu par les développeurs. Ce qui n’est pas le cas d’un JdR « papier ».
            Donc oui, un lecteur de livre aussi est passif, comme un spectateur de cinéma. Le tout est de savoir ce qu’on en fait après coup, ce qui est enrichi en nous par cette expérience. Ça peut être juste de la culture, ou beaucoup plus.

          • 16 mars 2016

            Je te rejoins aussi sur l’importance du « après », comme tu dis. De ce que l’on en fait.

            Je reprends l’exemple des jeux de gestion. Il y a quelques années, je jouais à Pharaon, et j’en étais à un stade bien avancé. Belle ville, de belles habitations, tout roule. Puis, d’un coup, au cours de ma partie, catastrophe ! Les gens se barrent, sans aucune raison, mes industries sont désœuvrées, famine, etc. Je me rends compte que je n’ai pas de main d’oeuvre, et je ne comprends pas, j’arrête pas de construire de nouveaux quartiers, avec tout ce qu’il faut. Ecoeurée, je me mets à faire n’importe quoi et… Oh, miracle, ça remarche. Et là, je comprends une chose : je construisais de nouveaux quartiers, certes, mais « trop beaux » ! J’avais donc des gens riches qui venaient s’installer, et les gens riches… Ne travaillent pas. En faisant n’importe quoi, j’avais remis des quartiers/bidonville.

            Je te dis pas l’horreur de la prise de conscience : pour que ma ville fonctionne, je devais avoir des pauvres !! Joli Mindfuck, et d’un coup… Bah j’ai fait un joli lien avec notre propre société. C’était pas glorieux, je peux te dire. Cela dit, depuis, j’ai plus de problème sur Pharaon. Mais qu’est-ce que je culpabilise ! ><

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *