Titre accrocheur : l’astuce infaillible (la dix va vous faire pleurer)

Ah, la Rédaction Web, ses phrases toutes prêtes, ses formulations éculées, ses titres plus vendeurs et vendus les uns que les autres… Que l’on soit Rédacteur, SEO-boy, graphiste, lecteur, ou simplement de passage, on voit très bien de quoi on parle ici : Le titre accrocheur, c’est le concours du putaclic. Et ya de sacrés challengers !

Alors, c’est bien beau de critiquer ce système, encore faut-il trouver des solutions efficaces. Refuser de faire du « trop buzzy », c’est quand même prendre le risque de passer à côté du clic, et il faut reconnaître qu’on écrit quand même pour être lu… Mais reprenons depuis le début !

Définition du putaclic

La base de la base en Rédaction Web, ce qu’on t’apprend en premier lieu, c’est savoir composer un titre qui attirera le lecteur comme une mouche sur une merde. Comme le lecteur est bête à bouffer du foin (si, si, tout le monde le dit !), il lui faut du « rapide à lire, pas trop dur à comprendre, vite partagé ». Et comme le fond du billet n’a pas d’importance, seul compte le trafic pour se faire des sous, faut donc que tu hameçonnes ton lecteur.

Ça commence donc par le fameux putaclic. Ces titres à la Buzzfeed (exactement comme celui de ce billet), destinés à « intriguer » le lecteur. Mais on ne fait pas ça n’importe comment, non mon p’tit père. Il faut respecter certaines règles :

  • Des superlatifs tu vas utiliser
  • Du rêve tu vas vendre
  • Choquer le lecteur tu vas essayer
  • A mentir dans ton titre tu ne vas pas hésiter

Ce qui donne ceci, tirés de vrais exemples, rien que pour vous :

  • « Trahi par sa calvitie, un djihadiste français présumé est arrêté »
  • « Le nouveau James Bond n’est pas terrible ? C’est la faute des Nord-Coréens »
  • « Ivre, il se fait tatouer des lunettes sur la figure » (Notons que le « ivre, il … » est un impératif !)
  • « 26 choses qui parleront à tous ceux qui ont bossé en centre d’appels »
  • « L’incroyable road trip de 111 jours d’une famille de l’Inde jusqu’à la France »

Et le journaliste, le Rédacteur, l’Entrepreneur, le Blogueur, tous ne vont pas hésiter à faire ça pour exciter les foules. Dans notre milieu, des « Pourquoi faut-il » et autres « Top dix des raisons de ne » sont légion, il ne faut pas croire ! Et tout le monde adore critiquer ça – moi la première – sans pour autant arriver à sortir de ce système.

Peut-on  écrire un titre qui claque, sans vendre son âme ?

Bonne question, c’est précisément l’interrogation que je me pose depuis un long moment. Pour cet article, j’ai clairement décidé d’opter pour un titre qui regroupe trois clichés : Le mot clé en début de phrase avec les fameux « deux points », le superlatif, et l’appel à l’émotion. Maintenant, voyons un peu mon précédent article, juste celui-ci, pour rire, je titre :

Digital, l’erreur planétaire dont on est tous victimes !

On retrouve le mot clé, la peur, l’exagération, il y a même un point d’exclamation. Putaclic ? Oh, oui, clairement, il marche, et je le dis dès le chapô. Maintenant, il faut savoir que mon billet se veut humoristique et informatif. Est-ce que cela me dédouane ? J’aime à penser que oui, mais sincèrement, je crois que non.

Sur mon blog perso, j’aime faire des titres plus ou moins surréalistes.

« Hygiène des taxes » pour parler de la taxe tampon. « La discrimination de la Fougère » pour signer un billet humoristique pseudo anti-végétariens. « Eh bien, moi, j’aime Éric Zemmour ! » qui propose une satire…

Nous sommes en plein buzz, en pleine captation des foules. Et ce, même si je tente d’apporter un peu d’originalité. Ainsi donc, à ma propre question, j’ai envie de vous répondre « non ». Non, finalement, il est difficile d’écrire un titre buzzy sans être buzzy.

Qu’est-ce qui rend selon-moi l’exercice condamnable ?

En fait, et cet avis n’engage que moi, je pense que la subtilité se situe dans le billet lui-même. Faire un titre putaclic comme tout le monde (des tops, des « il ne faut pas », etc.) pour ensuite nous vomir la diatribe habituelle CA c’est mal.

Finalement, on pourrait très bien faire des titres à la con (pourvu qu’ils ne mentent pas, car ça, c’est impensable pour moi), et décider de développer derrière quelque chose de qualité. Le vrai problème ne vient pas tant des titres que du contenu. Il est assez rare de trouver un billet avec un titre vendeur qui ait un réel intérêt pour le lecteur.

En fait, je crois qu’il est impossible de ne pas faire du putaclic

Ou presque. Je pense qu’à partir du moment où l’on fait son titre, on a en tête le sujet, le besoin de donner envie de lire, et la question du SEO. C’est même l’un des rares moments où l’on peut faire preuve de créativité, et où justement, on se l’interdit. J’vous montre ce qu’on peut trouver :rhododendron

Imaginons que vous décidiez de faire un article sur les différentes variétés de Rhododendrons (C’est pour toi Stéphane !). Ça n’est pas un sujet des plus excitants, c’est vrai. Vous avez trois solutions.

  • Le titre sérieux, parce que tu comprends, ici, on fait les choses bien. Du style « Différentes variétés de Rhododendrons ». C’est chiant au possible.
  • Le titre buzzy putaclic, pour tenter de rendre sexy votre texte. « Top10 des Rhododendrons les plus insolites ». Et j’offre une bière à qui me prouve que ça ne marcherait pas !
  • Le titre que j’appelle « surréaliste/humoristique/WTF ». Style que j’affectionne tout particulièrement : « Ségrégation chez les Rhododendrons, ils ne sont pas tous égaux ». Ou encore « Reconnaître l’existence des variétés de Rhododendrons, est-ce du racisme ? »

En dehors du premier titre, le buzzy, et le « WTF » sont putaclics. Parce qu’il va intriguer, et qu’il est clairement là pour que le lecteur clique sur le lien. Mais, en même temps, on n’écrit pas pour nous. Pas seulement, sinon, nous ne publierions pas !

Comment faire différemment, alors ?

Toujours selon-moi : en tentant d’éviter les formulations toutes prêtes, et surtout, SURTOUT : soigner son contenu.

Tu peux très bien écrire un titre qui prostitue des mots, sans pour autant te moquer du lecteur de A à Z. Une fois qu’il est sur ton billet, à toi de le récompenser pour sa curiosité en lui présentant quelque chose qui va réellement lui apporter de l’émotion, de l’information, du divertissement, … Peu importe !

La responsabilité du scribouillard, elle se situe ici à mon sens : Nous ne sommes pas des bêtes au QI de moule, et notre lectorat non plus. Nous méritons d’écrire mieux, ils méritent de lire de meilleures choses.

Et une fois qu’on a le titre, comment écrire un contenu intéressant ? Je tente d’y répondre, sans prise de gants. 

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

10 commentaires

  1. 13 novembre 2015
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    Très bon résumé.

    À mon avis, le putaclic est tellement rentré dans les mœurs (si ça se trouve, c’est même un hashtag; c’est dire) qu’il est d’une part impossible de l’éviter complètement et, d’autre part, que de plus en plus de gens l’utilisent ironiquement. C’est devenu une sorte de mème auto-référent.

    • 13 novembre 2015
      Répondre

      Bonjour Alias !

      Cette idée que le putaclic soit devenu limite un « private joke » est à creuser quand même. Je me demande dans quelle mesure tu n’as pas raison. Cela dit, je pense aussi qu’il y a une belle proportion d’auteurs qui usent encore de cette facilité. Comprendre ici « le putaclic qui se voit beaucoup ». Puisque j’en suis – pour le moment – arrivée à la conclusion suivante : j’ai bien peur qu’il soit difficile d’éviter le titre « tellement accrocheur qu’il ferait de la concurrence à Scotch ».

  2. 13 novembre 2015
    Répondre

    Et tu en penses quoi des commentaires qui n’ont aucun d’intérêt tout simplement pour placer un lien en répondant à cet article ?

    Cela dit, comme à son habitude, ton article est tiptop 🙂

    • 13 novembre 2015
      Répondre

      Ça ne me gêne pas du tout, surtout quand c’est honnête. Et quand c’est du no-follow x) (Arthan a tout automatisé je crois)

  3. 25 novembre 2015
    Répondre

    Cool article, même si je trouve dommage d’être si lucide pour finir sur un « on ne peut pas éviter d’être putaclic ». Car en fait, avec l’écriture de qualité vient la fidélité des lecteurs. Ecrire putaclic c’est espérer un max de trafic social, en partant du principe qu’on a une site inconnu qui doit donner envie à partir de rien.
    Ok, ça marche.
    Mais on peut surement sortir un peu de ce système grâce à un petit nombre de lecteurs fidèles qui aiment ce qu’on écrit, y compris si c’est moins optimisé SEO / réseaux sociaux.
    Après je te rejoins sur le fait que la tentation est grande, immense. Tout comme on peut prévoir les thématiques qui cartonneront et celles dont tout le monde se fout. C’est dommage, mais je pense qu’on serait surpris de voir le succès (inattendu) de certains contenus intelligents et non racoleurs sur le web. L’émission Doxa sur Youtube par exemple.

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    • 25 novembre 2015
      Répondre

      Je partage totalement ta déception ! Mais je préfère prévenir pour la profession en général : malheureusement, le Rédac’ doit surtout répondre aux besoins de ses clients, et c’est là que la partie se corse. Il peut essayer de pousser les murs, mais il faut que ses résultats lui permettent de prétendre à un salaire (inutile que je m’étende sur la dure loi du quantitatif dans le secteur). C’est pour ça que c’est très difficile de ne pas tomber dans le simili-putaclic en mission.

      En revanche, je pense qu’il est possible de faire ce que l’on veut pour son propre blog, même perso. Cela dit, je n’ai pas encore de preuves, PressEnter étant trop récent pour apporter des éléments chiffrés en terme d’audience et de fidélité. A voir dans un an, je pense. J’y reviendrai donc ^^

      Merci pour le lien, je regarderai ça dès que j’aurai cinq minutes !

      • 25 novembre 2015
        Répondre

        Ça rejoint aussi ce que je disais à ton comparse sur un autre article (sur le SEO) : encore faut-il que le client ait quelque-chose à dire. Au risque de devoir bâtir du SEO et du clic sur du vent. Ce qui est très dur, n’apporte rien, et créé des flots de contenus pourraves.

        • 25 novembre 2015
          Répondre

          Tout à fait ! C’est même clairement le problème du contenu qui n’est là que pour servir le SEO. Il faut également penser au lecteur final qui va/peut tomber dessus. Sinon, super produit ou non, tu ne vendras rien du tout, puisque tu ne fidélise absolument pas !

  4. ColonelTroigol
    11 juillet 2016
    Répondre

    J’ai pas trouver la dix, votre article est mâle présentais et ca se pértend jounarliste! #OnVeutLaDix

    • 11 juillet 2016
      Répondre

      Oooops, Cé Dé la faut du redakter ! Il çait plus komptay !

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