Comment écrire un contenu intéressant ?

C’est en faisant une petite recherche de mots clés pour le PalaWeb que cette idée d’article est venue. Comment rédiger un texte pertinent, un contenu intéressant, comment faire quelque chose qui soit buvable en somme ? De prime abord, j’ai envie de rire quand je lis/entends une telle question. Je trouve ça aussi naïf que « comment on fait les bébés ? ». Et encore, je trouve que cette dernière question est pertinente.

Dis Google, comment écrire un contenu intéressant ?

 

Ou le « Comment on fait les bébés textes ? ». Quand on pose cette question à notre pote Google, je vous mets dans le mille : on a surtout les réponses de sites de collègues. SEO-boys, Rédacteurs Web, Community Managers, etc. Tout le monde, ou presque, a son propre billet sur la question, et je m’apprête à rejoindre cette grosse bibliothèque.

Les rédacteurs web sont unanimesAlors le champ sémantique n’est pas très vaste non plus, SEO oblige. Ecrire/rédiger/publier un contenu/article/billet de qualité/attractif/intéressant/captivant pour son blog/site. Sur la première page, vous avez donc ces mots qui reviennent (le captivant m’a fait crever de rire à titre personnel).

Des personnes cherchent ça sur Google, et d’autres, tentent d’y répondre, histoire d’avoir plus de contenu sur leur site, et de bien ranker sur ces thématiques. Non, je ne suis pas mauvaise langue, je dis ça à cause des contenus de réponse eux-mêmes. A la question « Comment écrire un contenu intéressant/de qualité », les réponses ne proposent pas réellement de contenu intéressant/de qualité. Et c’est ballot, quand même !

 

Prenons l’article A, trouvé sur Google :

  • Nombre de mots : 475
  • Nombre de H2 : 7
  • Nombre de H3 : 0
  • Intérêt personnel pour le contenu : Nul

L’article A, comme beaucoup, nous propose ses « 7 clés pour faire le super article de la mort qui tue ». Il revient sur des lieux communs qui n’apprennent pas grand-chose au lecteur. Peut se lire avec seulement les H2 (c’est dire s’il est profond), et, toujours à titre personnel, ne m’a strictement rien apporté.

Passons à l’article B, trouvé sur Google :

  • Nombre de mots : 533
  • Nombre de H2 : 0
  • Nombre de H3 : 4
  • Intérêt personnel pour le contenu : Moyen

L’article B, bien que trop court et utilisant toujours cette idée de lieux communs, proposait quand même une notion à laquelle je suis attachée : l’écriture fluide et instinctive. Cela étant, l’article n’a rien d’un billet « captivant », non plus.

 

Ce que les Rédacteurs Web vous disent de faire :

En gros, on va vous dire ceci :

  • Ecrivez pour vos lecteursplume-or
  • Faites dans l’émotion
  • Adressez-vous au lecteur directement
  • Ne vous éparpillez pas
  • Soyez simples
  • Faites des contenus avec plein d’images
  • N’écrivez pas trop

En d’autres termes, selon les Rédacteurs Web, écrire un contenu intéressant revient à écrire un contenu simpliste au possible, avec de petites images pour pas trop fatiguer l’attention de votre lecteur, et si possible, de 500 mots maximum, des fois que notre choupinet ait envie de piquer du nez.

Ecrire du contenu de qualité se résumerait donc à écrire quelque chose de pré-digéré ? Vraiment ? Est-ce qu’il y a une recette miracle ? Est-ce que le lecteur est nécessairement un bulot en phase de décomposition ?

J’interroge, parce qu’à ce stade de ma recherche, il semblerait que tous mes confrères le pensent. On recommande au scribouillard de verser dans le « Oui-Oui rédige pour le Web » quand même.  Je peux déjà vous dire que je ne suis globalement pas d’accord avec eux.

Comment moi je fais pour écrire un article intéressant ?

La qualité est subjectiveDéjà, je le dis : oui, mes articles sont intéressants. Ils ne plaisent pas à tout le monde, mais au moins : ils déclenchent une réaction. Ce qui est plus de la moitié du travail que doit effectuer un Rédacteur selon moi.

  • Clé-magique N°1 : Je n’écris pas parce que je dois écrire, mais parce que j’en ai envie. Que cela soit sur PressEnter, ou même pour un client. Oui, je le dis sans mentir : même pour les sujets les plus chiants au possible, on peut trouver le moyen d’avoir envie d’écrire. Alors, comment faire naître cette envie ? On commence par trouver un angle d’attaque à son sujet. Perso, ça commence par un thème d’article. Puis, rapidement un titre, et si le titre m’excite le ciboulot, j’vais pratiquement écrire tout le chapô dans ma tête. Pour ce présent billet, j’étais en train de faire complètement autre chose, quand, dans mon esprit, les mots ont commencé à s’aligner. Très vite, j’ai vu où je voulais en venir, puis j’ai dégagé rapidement un plan, sans trop farfouiller, avant de me mettre à la tâche.
    Pour les sujets peu sexy, voire pas du tout, je fais pareil : je tente de trouver une idée qui me fait naître rapidement les 250 premiers mots. Et j’embraye.
  • Clé-magique N°2 : Comme vous pouvez le lire un peu partout, j’écris de la même manière que j’aimerais parler. Comme cela vient, avec des mots de plus de deux syllabes et même avec des grossièretés. L’idée première est que je sois compréhensible, pas académique ou policée. Parce que le « comme tout le monde », ça n’intéresse personne. Et je ne suis pas tout le monde, vous n’êtes pas tout le monde, donc arrêtons ici.
  • Clé-magique N°3 : Je ne bride pas du tout ma limite de caractères/mots. Qu’est-ce que ça peut me faire que je vous écrive un pavé ? Si mon texte fait deux pages, même après correction, c’est qu’il doit en faire deux pages. L’expression se doit d’aller à l’essentiel, certes, mais il ne faut pas pour autant couper ni l’inspiration, ni les tournures de phrases artistiques. C’est même la prérogative de l’écrivain raté !
  • Clé-magique N°4 : L’humour. Un texte trop sérieux est un texte chiant pour moi. Alors attention, ça n’est pas du tout un dogme. Je dis simplement qu’un texte qui n’ose ni jeu de mots, ni « franchouillardise », ni blagounette a tendance à m’ennuyer. Plus spécifiquement lorsqu’il traite d’un sujet sérieux. Les champs lexicaux de la peur et du professionnalisme étant saturés par les médias traditionnels et les politiques, je ne tiens absolument pas à me coltiner les mêmes conneries, et encore moins à les écrire.
  • Clé-magique N°5 : Le texte doit avoir un avis. Ah, ouais, chez moi, c’est important. Surtout quand on pose une question. Je n’ai pas envie de lire des généralités, je tente donc d’en écrire le moins possible. Je préfère que l’on me dise en commentaire ou sur les réseaux sociaux que je suis une grosse pignouf parce que […] plutôt que je laisse indifférente car mon texte laisse indifférent.
  • Clé-magique N°6 : On doit sentir le plaisir de l’auteur. Je crois que c’est important de sentir que l’auteur d’un billet/texte s’éclate à écrire. Ou du moins, qu’on ne ressente pas l’aspect « j’écris, parce qu’il le faut ». Mais ça n’engage que moi.
  • Clé-magique N°7 : Le lecteur doit pouvoir en tirer quelque chose. Que cela soit utile ou non, d’ailleurs. En sortant du billet, il faut idéalement que le lecteur ait eu l’impression d’être entré quelque part, d’avoir ouvert une fenêtre sur une personnalité, et –mais ça c’est le must – de s’être posé des questions.
  • Clé-magique ULTIME : Ne pas chercher à séduire le maximum de personne. Oui, parce que des contenus à deux balles, on en fait tous, même avec les meilleures intentions. Parfois, on a une super idée, et elle tombera complètement à côté de la plaque. MAIS CE N’EST PAS GRAVE ! Mieux vaut intéresser une frange de lectorat que tout le monde grâce au titre, et finalement personne à cause du contenu.

Blague à part, existe-t-il réellement une recette miracle ?

Absolument pas ! Mais genre, oubliez les requêtes Google, il ne vous répondra jamais, et personne ne répondra jamais à cette question. Ca serait comme demander « comment écrire un best-seller », c’est totalement stupide ! Aucun auteur intègre et intelligent n’oserait approcher l’écriture sous cet angle. Justement parce que cela dénaturerait son art et sa démarche. Non, l’auteur va au contraire produire quelque chose, y revenir très sûrement pour l’améliorer, mais si son texte fait un flop, il l’encaissera, et point. Il s’agirait de ne pas tous faire du Marc Levy…

En Rédaction Web, c’est pareil. Si votre client refuse l’originalité, à vous de voir si cela vous pose ou non problème en tant que rédacteur/artiste. Après tout, il faut bien manger. Maintenant, si sur votre site vous avez envie de faire des contenus de qualité, qu’est-ce qui vous en empêche ?

 

hunter-s-thompson

Vous ne savez pas comment faire ? Alors arrêtez tout de suite d’écrire !

Si vous vous posez cette question, c’est que vous n’avez rien à faire au bout d’une phrase. Rien. Merci d’être passé.  Si vous doutez de vos qualités rédactionnelles : lisez, écrivez, entraînez-vous. Mais jamais au grand jamais vous ne trouverez de formation-de-la-mort-qui-tue qui fera de vous les prochains Hunter S. Thomson. Jamais.

Vous savez, on me complimente sur ma plume. Ça me lustre la virgule, je ne m’en cache pas. D’un autre côté, je sais très bien que je n’ai pas le stylo d’or pour autant. Ce n’est pas pour rien que je passe mes journées à écrire. Articles,  nouvelles, fictions ; quel que soit le support, j’écris tous les jours, et je lis tous les jours. Je considère que j’exerce un art qui se peaufine à tout moment.

J’avance à vue, en tentant d’écouter les retours que l’on me fait, de voir ce qui me plaît et me déplaît (en tant qu’auteur ou lecteur), et j’essaie surtout de ne pas à avoir à rougir de mes textes.

 

Après, que cela plaise à Google, à 60 millions de gens, ou à une trentaine de pignoufs, je m’en tamponne. Si les mots qualité et quantité sont différents dans la langue française, ça n’est pas pour rien. Et j’aime marquer cette différence !

Dans la même idée : « Titre accrocheur : l’astuce infaillible (la dix va vous faire pleurer) » qui se penche sur la difficulté de faire un titre intéressant sans tomber dans le « putaclic« .

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

7 commentaires

  1. 25 novembre 2015
    Répondre

    tu as tout résumé en un article au sujet de comment écrire un article en béton !
    Comme tu le dis très bien, il n’existe pas de recette magique et forte heureusement.
    Et il serait temps de lire plus d’article qui dégage des vraies valeurs humaines que des articles de la mort qui tue.

    • 25 novembre 2015
      Répondre

      Oui, il y a un réel besoin d’articles plus profonds, et je suis convaincue que l’on peut les rendre justement « mother killer » en allant au bout des sujets, en tentant des approches différentes. Finalement, ce qui retient l’oeil, c’est la différence. Alors pourquoi continuer à écrire « comme tout le monde » ?

      • 15 décembre 2015
        Répondre

        Pourquoi continuer à écrire « comment tout le monde » ?

        Ce qui me vient à l’esprit dans un premier temps, c’est le contenu que l’on dispose pour se former à rédiger des articles ou lorsqu’on pose la question à des blogueurs « plus expérimentés » que nous.

        Bien souvent, ce type de contenu ou réponse vont être inspiré par la réussite d’un tel ou d’un tel article.

        Comme tu le précise dans ton article, il n’y a pas de recette magique. Donc je pense que naturellement on s’inspire à tor ou à raison des succès des autres.

        Pour finir, je pense qu’une fois que l’on acquis les bonnes bases, il faut savoir développer son style et je pense que c’est la le plus difficile …

        Qu’en penses-tu ?

        • 15 décembre 2015
          Répondre

          Je suis tout à fait de ton avis, et je le vois sur PressEnter. Au début, tu tâtonnes, tu traites des sujets un peu comme ils viennent, en rapport ou non avec l’actualité, ce que font les autres, les conversations que tu peux avoir, etc.

          Je garde en tête, pour ma part, l’idée que tout ce que je produis aujourd’hui, j’y reviendrai « demain », et que l’on peut réécrire sans cesse un sujet, pourvu que notre vision ait changé. D’ailleurs, merci à Stéphane pour cette analyse, car elle découle directement de la conversation que nous avons eu hier soir 🙂

          Au final, même le style évolue avec notre propre parcours, donc, le « mieux », est peut-être de ne plus le rechercher justement ce « mieux » ^^

  2. 11 mars 2016
    Répondre

    C’est qui Hunter S. Thompson ?… J’rigole, je sais qui c’est maintenant que je suis allé sur sa fiche wikipedia grâce à toi. 🙂

    Réponse en 2 points : 1) on s’en contrefout et 2) rendez-moi mon dictionnaire d’argot, putain !

    1) Sérieusement, entièrement d’accord sur le fait qu’on s’en tamponne rondement le coquillard de ce que peut bien penser Google. Car, même si, pour le moment, Google draine environ 85% du trafic des recherches, je rappelle à celui-ci qu’en 2015, un gosse d’à peine 16 ans a tombé un algo plus performant de 47% que le sien… Personnellement, si j’étais Larry ou Sergueï, je mettrais un protège-slip, car y’a de quoi se faire du souci en terme de concurrence. Pour l’instant, en disant ça je passe pour un fieffé utopiste, mais je vous donne RDV dans 5 ans, et on en reparle. Là, je vais investir dans un stock d’actions chez Vania…

    2) Pour en revenir à ce que tu dis, tu as raison, un article doit suer, il doit sentir l’aisselle de fin de journée, se laisser aller à un peu de grossièreté de temps à autre, dire ce qu’il a à dire, sans ambages. Il faut rester honnête avec soi-même, bordel : c’est une question de respect de soi et de l’autre, il me semble… Merde, jamais je n’écrirai un article dans le style « 12 méthodes infaillibles pour se prendre un râteau en public », même si je pense avoir été en mon temps un ninja du râteau.

    Je conclurai par une citation, parce que je trouve qu’il n’y en a pas assez sur les réseaux sociaux :
    « Toute l’écriture est de la cochonnerie.
    Les gens qui sortent du vague pour essayer de préciser quoi que ce soit de ce qui se passe dans leur pensée, sont des cochons. » Antonin Artaud

    Gruuiiikkkk !!

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