Comment écrire sur un sujet ultra-chiant ?

Bonjour Monsieur le client, ravie de savoir que tu veux travailler avec moi ! Ça tombe drôlement bien en plus, parce que j’ai les courses de Noël à terminer… Alors, dis-moi, c’est quoi ton besoin ? Tu veux un super article de la mort qui tue qui va faire rire tout le monde ? Tu veux une mini-enquête bien rémunérée… ? Non ? Ah oui, je vois : tu fais dans les solutions bio pour se débarrasser des insectes pour les plans de culture du colza. C’est… Heu… Bah, écoute, c’est un choix de carrière honorable, hein ! Et donc, je suppose que tu veux que j’écrive pour toi, c’est ça ? Ouaiiiiiiiis… Bon… Laisse-moi réfléchir un peu.

Cette situation vous dit quelque chose ? Voilà, on est bien d’accord, on a tous eu des clients avec « des thématiques à la con ». Maintenant, il se passe quoi ? Deux solutions : vous refusez, parce que bon, vous êtes motivés, mais faut pas déconner… Ou bien vous acceptez parce que vous êtes des morts de faim, et que « Mathéo veut une PS4 à Noël ». Si vous acceptez cette mission (enlevez les lunettes de soleil, je vous prie !), vous vous retrouvez avec ce que j’appelle : « Le cauchemar du Rédacteur ».

La bête noire du Rédacteur : la thématique qui pue du cul

Rédaction Web les thématiques difficilesNovice, ou confirmé, le Rédacteur angoisse lorsqu’il a un client au bout du fil pour la première fois. « Qu’est-ce qu’il va me demander ? », « Sur quoi vais-je devoir écrire ? », « Pourquoi j’ai fait ce métier, déjà… ? » BREF, on a tous vécu ça, et on le vivra encore. Les plus « jeunes » dans la profession sont d’ailleurs les plus touchés. Il faut dire qu’ils ne savent pas dire « non » à un prospect. Mais à force de bouffer du caractère sur les casinos, et autres contenus insipides, ils apprendront.

Alors c’est quoi « une thématique caca-boudin-pitié-tout-sauf-ça » ? C’est typiquement les thèmes les moins excitants pour votre Muse. Le genre de thèmes où vous vous dites que vous n’y connaissez rien, qui ne vous intéressent absolument pas (même par un jour de coupure d’Internet…), et dont vous ne soupçonniez parfois même pas le lectorat potentiel. Oui, car généralement, ces thèmes sont un mystère total d’intérêt général.

Pour être tout à fait franche : ce sont des thèmes dont le contenu n’a souvent d’autre vocation que de remplir un site à des fins de référencement. Exemple tout bête : la rédaction de description de vidéos pour adultes. Qui peut raisonnablement me faire croire que c’est destiné à être lu ? Hein ? Les yeux dans les yeux… ?! Donc, bas les masques, on sait tous que c’est pour Google qu’on écrit.

Ouiiiii, mais la force d’un Rédacteur Web c’est justement de pouvoir écrire sur tout…

Le Rédacteur Web Super HérosC’est faux ! Archi-faux, enlevez-vous cette idée fallacieuse de la tête ! Un Rédacteur (que je préfère nommer Ecrivain 2.0), c’est une personne capable de transcender l’émotion par l’écrit ! Eh ouais, les mecs ! Un Rédacteur Web n’est pas une machine à écrire, ce n’est pas un malgache de poche, ce n’est pas un « remplisseur de balises métas ».

Cette personne, souvent méprisée par les flemmards de la syntaxe et les mous de la créativité littéraire, est capable non seulement de rapporter des informations, mais de les décortiquer, de les analyser, de les rendre accessibles, et de les proposer. Mais pas que ! Selon ses propres capacités, il peut aider à la vente, aider à créer de l’émotion, du « lien humain » tant plébiscité ces dernières années.

Un Rédacteur Web est pareil à un écrivain, ou à un artiste : gros caïd dans sa branche, totalement à l’ouest dans un autre domaine. Demandez à Tolkien d’écrire sur de la SF, et voyez ce que cela peut donner. Imposez à un photographe de faire de la sculpture, et on verra le résultat.

En Rédaction Web, c’est pareil ! Tout le monde ne peut pas écrire sur tout. Parce que si le gonze est bon, il a une plume. Et une plume, mes amis, ça vient pas de dix animaux différents. Ca non !

Alors, comment faire quand on veut écrire dans un domaine/style que l’on ne maîtrise pas ?

Pour ce faire, deux solutions s’offrent à vous. Soit vous prenez la solution de facilité, pratiquée par plus de 80% de la faune qui compose ce métier, soit vous prenez quelques risques. Attention, j’vais balancer des trucs, des astuces, des recettes magiques, des clés, hashtag révélations et tutti quanti !

L’Art noble du remplissage, façon homme politique

Remplissage en Rédaction Web

Une chose essentielle doit être maîtrisée par le scribouillard : L’Art du remplissage. Utilisé par toute personne devant écrire des choses inintéressantes, cet Art ancestral vous sauvera la mise pour peu que votre client n’en ait rien à secouer de la qualité. Reprenons l’exemple proposé par mon châpo :

Les solutions bio pour se débarrasser des insectes pour les plans de culture du colza

Votre client a cette thématique. Si vous n’êtes pas trop malchanceux, il ne vous demandera pas beaucoup de lignes à ce sujet. Comment écrire 500 mots rapidement, qui ont du sens, sans trop se fouler la barre d’espace ? Je vous le mets dans le mille : la paraphrase d’articles existants à ce sujet + lieux communs.

Tout l’Art noble du remplissage consistera à faire une recherche sur Google de votre sujet + de lire en diagonale ce qui s’y rapporte + de mixer le tout dans votre contenu final en mode « on reprend les mêmes et on recommence », sans oublier la pincée de lieux communs.

Le lieu commun, c’est quoi ? Ce sont ces phrases et ces tournures de phrases typiques des politiques, des journalistes, et des marketeux :

« A une époque où la culture bio et éco-responsable n’a jamais autant été un enjeu majeur de ce nouveau siècle […] »

« A l’orée de la Cop 21 qui doit se tenir [date] à [lieu] avec les pays [liste joliment présentée], il est important de ne pas oublier l’agriculture, et son plus grand ennemi [embrayez avec votre texte à la con] […] »

« Le colza,  de son nom scientifique [nom scientifique inconnu jusqu’à ce que vous alliez voir sur Wikipédia], est une plante dont les applications écologiques ne cessent d’être découvertes [Jolie liste, z’avez compris] »

Etc. Etc. Ca, c’était pour l’exemple précis. N’oubliez pas les tournures alarmistes, les superlatifs, les définitions dans tous les sens. REMPLISSEZ QUE L’ON VOUS DIT ! Pour l’anecdote, sans que je ne puisse le prouver, je vous assure tout de même qu’il est possible de rédiger un article « actu » de plus de 500 mots, correction + intégration comprises, en moins de 10mn. Je l’ai fait, j’en ai honte, mais ça « passe crème ».

Avec cette méthode, écrire de la merde n’aura jamais été aussi rentable !

Détourner votre spécialisation littéraire pour trouver l’inspiration

Rédaction Web trouver l'inspirationLa deuxième méthode pour arriver à pondre des contenus quand on n’a pas d’inspiration, est tout simplement d’utiliser votre force pour l’adapter à votre besoin. Mais je parlais de risque tout à l’heure, et je le redis : de nombreux clients se fichent pas mal de la personnalisation des contenus, ou de leur qualité. Pour la plupart, ils veulent du « bateau » pour faire comme tout le monde, parce qu’on leur a dit que le contenu était important en SEO. Si, comme moi, vous êtes un révolutionnaire du contenu numérique, optez pour cette solution.

Toujours dans l’exemple du colza, comprenez que ma spécialisation littéraire est clairement la satire. Je suis en effet à la base une nouvelliste qui aime de temps en temps se fendre d’un brûlot sur l’actualité. Comment le tourner à mon avantage ? Comme ceci :

« Planter du colza est déjà une quête épique en soi. Cela requiert sens de l’abnégation et courage. Mais si d’infâmes pucerons, mouches, et autres insectes indésirables commencent à s’en mêler, tout de suite, votre plantation ressemble à un champ de bataille qui ferait passer Beyrouth pour la Garden-Party de l’Elysée. Comme tous les agriculteurs ne souhaitent pas nécessairement détruire les bébés pandas en utilisant les poisons de Monsanto, il existe heureusement des solutions alternatives efficaces, et bio. [dérouler la suite, en dosant humour, et informations] »

Vous voyez où je veux en venir ? Cet article, par exemple, que vous lisez. Il y a de l’humour (moi, ça me fait rire !), des gros mots (hi hi hi), mais également de vrais conseils, parce qu’il faut savoir être sérieux de temps en temps. Le temps de rédaction de l’article ? Moins de vingt minutes. L’intégration, et la correction seront les passages les plus longs. Mais dérouler mes idées était très facile.

En fait, la vraie force de l’écrivain numérique est…

Sa capacité à bien choisir ses missions. Il ne faut pas s’engager dans une thématique que l’on sait quasi-impossible. Il n’y a aucune honte à dire : « Les taux de change dans le Monde ? Ah, non, désolée, ça ne m’intéresse pas ! ». Aucune. Cessez donc de vous torturer pour un rien. Si vraiment vous sentez que le thème sera trop difficile à gérer en termes de temps, et donc de rentabilité, laissez tomber ! Gagner des sous, oui ; se mettre tout seul des bâtons dans les roues, non !

Ensuite, n’oubliez pas que vous n’allez pas systématiquement vendre le prochain prix Goncourt ! Lâchez parfois un peu la bride à votre propre exigence. Vous pouvez très bien faire du remplissage intelligent. Rien de compliqué : ne pensez pas à votre client, mais au futur lecteur. Vos papiers seront soudainement moins vides !

Enfin, ça fait cliché, mais votre métier doit être votre passion. J’ai en horreur les Rédacteurs/trices qui font cette profession sans avoir l’amour de l’écriture en tête. Ecrire, ce n’est pas du travail, ce n’est pas une marchandise, ni une compétence. C’est un plaisir, qui, si vous avez de la chance, s’accompagne d’un don.

Alors chouchoutez ça, cherchez à vous amuser, toujours, même sur les choses les plus sérieuses, et ça viendra tout seul !

Rédaction Web libre

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

2 commentaires

  1. 27 juin 2016
    Répondre

    Cher Camille,

    Merci pour cet article aussi intéressant que distrayant…un bel exemple d’écriture « 2.0 » !

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