Le secret ultime de la Rédaction Web dévoilé

Après des années d’études sur des milliers et des milliers de données, les experts sont formels : la bonne Rédaction Web doit répondre à différents critères obscurs zé techniques au possible. Outre l’alignement des planètes qui doit être impeccable, passée la densité de mots clés, mis à part le pillage de synonymes.com, exceptée la sacro-sainte statistique de longueur de phrases, les astrophysiciens-politologues-grands-manitous-des-mots sont catégoriques : 90% des écrits du Web sont chiants, bullshités, merci et au revoir !

Oh ? Ais-je oublié de dire que « les experts » étaient constitués à 100% de moi-même ? Maintenant que vous êtes au courant reprenons : Arrêtez de vous perfuser aux « 10 conseils absurdes pour une écriture au topitop de la chiantitude ». Vous perdez du temps, et vous en faites perdre à tout le monde. Parlons sérieusement pour une fois, voulez-vous ?

C’est quoi « Ecrire pour le Web ? »

Oublions deux secondes les recommandations à deux balles, et les guides de 300 mots et « top 10 », parce que toutes ces choses sont inutiles. Peu importe la requête tapée dans Google, vous avez 99% de chances d’avoir des conseils inutiles en face (Source : Mon avis totalement partial). Pourquoi ? Parce que tous ces avis oublient LE détail ultra important : sur Internet, on n’écrit pas comme « dans la vraie vie ».

Attention, je vous vois venir : OUI, le SEO c’est important. OUI, il faut savoir intégrer ses articles et textes. OUI, c’est un métier. Mais je compte vous apporter quelque chose aujourd’hui. Pas juste un énième billet sur les « trucs et astuces, recos et précos pour ressembler à tout le monde ». Pour ça, vous avez les requêtes Google. Bon, c’est quoi « Ecrire pour le Web », alors ?

C’est comprendre que sur Internet on n’écrit pas. On parle.

Alors, Martine, choquée de voir que le grand secret est aussi bête que ça ? Je peux comprendre. Et pourtant, oui, la Rédaction Web est aussi simple que ça : il suffit de comprendre que le Web est un langage parlé, et t’as gagné le cocotier. Et si l’on accepte ce fait, on comprend qu’il faut repenser l’écriture numérique, on comprend qu’il faut revoir nos habitudes d’écriture.

La Rédaction Web, c’est d’la musique !

Un bon scribouillard n’est pas un gars qui va te pondre tant de mots à la minute. Ce n’est pas non plus le mec qui va te faire de supers titres putaclics. Ce n’est pas non plus le gars qui va rentrer dans les petites statistiques de petits bots développés sans trop comprendre le schmilblick. Non, un bon écrivain numérique, un vrai de vrai, c’est un gars qui va te chanter aux oreilles ! Dis-moi lecteur, là, chaque fois  que je mets de la ponctuation, à chaque phrase que tu lis, tu as une voix qui te parle dans ta tête, non ? Elle devient soit sarcastique, soit interrogative, soit affirmative, il me semble… Elle te parle, cette voix.

Cette voix, ce n’est pas que toi, lecteur. C’est aussi moi. Même si c’est ta voix, ce sont mes mots, mon ton. Ma musique que tu entends. Donc, si tu te fais chier, c’est de ma faute. Et tu te fais chier dans de nombreux cas, il me semble :

  • Quand un écolier te déroule son exposé
  • Quand un Politique sans aucun charisme prend la parole
  • Quand un automate de Google te lit un texte
  • Quand ton collègue timide baragouine dans son coin

Tous ont beau avoir potentiellement des propos intéressants, ils sont chiants. Ils sont inintéressants. Tu écoutes d’une oreille, quoi. Sur Internet, c’est pareil : la plupart des textes sont tellement peu pensés en termes de lecture, qu’on ne les lit que d’un œil. Et pourtant, ils sont tous « parfaitement parfaits » d’après les critères qualitatifs/quantitatifs qu’on trouve partout. Si tu te posais la question : oui, c’est à cause de ces fausses croyances que tu as l’impression de passer ton temps à lire la même chose.

Si l’on devait chercher des exemples de bons écrivains, de « bonnes pratiques » à copier, il faudrait regarder du côté des Maîtres de l’écriture de dialogues. Je parle d’Audiard, ou encore d’Alexandre Astier. Pensons-y, leurs textes ne sont pas bons parce que le propos est drôle, ou profond. Ils le sont parce que tous deux ont utilisé le rythme des phrases. La diction y est pour beaucoup, je vous l’accorde, mais le choix des mots, ainsi que leur placement dans la phrase, la longueur de celles-ci, leur ponctuation (respirations à l’oral), tout ceci constitue donc l’essence de cette musique.

A l’écrit c’est pareil, nous avons tous notre voix dans la tête, on doit donc non pas écrire des textes, mais écrire des dialogues !

Et le secret ultime d’un super texte la mort qui tue, alors ?

Tu veux le savoir ? Tu veux vraiment le savoir ? Tu penses être prêt pour ça ? T’es absolument certain de ton coup ? Tu n’as pas peur d’être choqué ? Tu crois réellement que tu as les épaules pour entendre une vérité aussi crue ? Croix de bois, croix de fer, mec, c’est sérieux là ! Bon, très bien :

Un bon texte est un texte qui ne fait pas chier son propre auteur…

Voilà, c’est tout.

 

 

(Image tirée de la pochette de  Fragments of Legends Valentin Wiest)

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

12 commentaires

  1. 4 avril 2016
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    C’est très bien résumé. S’en remettre aux critères SEO pour valider un texte, c’est un peu comme dire que Barbelivien serait un alchimiste de la variété car il sait transformer des rimes pauvres en rimes de merde mais des rimes qui font vendre… Super projet, merci.

    En te lisant, je repensais, au début de la préface de « Poètes… vos papiers ! », Léo Ferré en 1956, où il écrivait en substance ceci :
    « La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège
    de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela
    arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou. On ne prend les mots
    qu’avec des gants: à « menstruel » on préfère « périodique », et l’on va répétant qu’il est
    des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du codex. Le
    snobisme scolaire qui consiste à n’employer en poésie que certains mots déterminés, à
    la priver de certains autres, qu’ils soient techniques, médicaux, populaires ou
    argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main. Ce n’est pas le
    rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse. Ce n’est
    pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot […] Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s’ils ont leur compte de pieds, ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes… » (Le texte entier est une merveille)

    Tout est dit, le SEO, les titres putaclics, la course à la vue ou à l’affichage de page suffisamment long pour que le taux de rebond ne grimpe pas trop, c’est du nivellement par le bas, du lissage de pensée, du rabotage d’idée neuves par la lame de fond bien-pensante de Google, insidieusement propulsée par cette effrénée course au ranking dans laquelle se jette tous les abrutis cupides. En un mot c’est de la merde en terme d’écriture.

    Oui. Tu as raison dans ta conclusion.

    • 4 avril 2016
      Répondre

      Ah ! Tu me donnes envie de le lire en entier. En même temps… Si je n’aime pas entendre Léo Ferré en chanson, j’adore lire ses textes, il sait superbement bien écrire !
      Il ne faut pas tout jeter, évidemment, mais tout ou presque a déjà été dit sur l’écriture, sur la Rédaction Web, et sur la capacité à capter le lecteur. D’ailleurs, j’en remettrai forcément une couche, pensant toujours apporter de l’eau à un océan qui déborde pourtant. Mais, j’étais curieuse d’aborder la question du rythme, et d’aller sur cette conclusion. D’ailleurs, j’ai hésité à la laisser aussi abrupte, mais je trouvais que la violence de cette fin allait très bien avec la violence de sa simplicité.

      Je ne dis pas qu’il y a une recette miracle (j’en doute), en revanche, ça met bien la puce à l’oreille quand on y pense…

      Et puis, je dois admettre que je trouve le Web ennuyeux à l’écrit. En dehors de quelques perles salvatrices, il est gris ce Web romancé. Pardon « Storytellé ».

  2. François
    5 avril 2016
    Répondre

    Plus il y a de signes, plus il est difficile de voir et comprendre ceux qui font sens.
    Plus tout est égal.
    La rareté a ceci de bon c’est qu’elle est a un signifiant réduit et un signifié énorme.
    Comme un iceberg.
    Au contraire, l’abondance de signifiant(s) nous révèle que le signifié n’est qu’écume.
    Sans doute que pour entrapercevoir dieu, il nous faut aller dans le désert.

    A titre d’exemple, cet haïku fameux d’Issa :
    Rosée que ce monde
    Rosée que ce monde-ci
    Oui, sans doute et pourtant

    • 5 avril 2016
      Répondre

      Si tu m’as paumée sur l’haïku (mais je n’ai jamais eu l’esprit pour cette poésie, je crois), je crois que je vois ce que tu veux dire.
      Pour faire « plus simple », tu penses que le signifiant, et ce qui aurait de l’intérêt ne brillerait plus si l’on en était entouré ?
      Si je suis plutôt d’accord sur l’idée que la rareté fait la qualité (cyniquement, en fait…), je trouve ton idée angoissante (à condition, toujours, que j’ai bien compris…)

  3. 5 avril 2016
    Répondre

    D’accord sur la dernière révélation : si ça fait chier l’auteur, autant laisser tomber. D’ailleurs j’écris parfois sur des trucs, en me forçant, avant de constater qu’en fait ça me gonfle. Le mieux est alors de lâcher l’affaire.

    Par contre, non, le web n’est pas que du conversationnel. Ok il ne faut pas écrire qu’en mode SEO / putaclic, mais on peut écrire à l’écrit. 😉 Perso, j’écris sur mon blog dans un style qui oscille entre le discours écrit (je soutiens une théorie, développe une analyse) et l’oral (je parle d’un truc, relate une expérience). Franchement les deux sont adaptés, et rencontrent un intérêt du lecteur. Le plus important me semble d’adapter le style au thème.
    Quoiqu’on pourrait faire de l’analyse littéraire en langage parlé, ça aurait même surement un intérêt, mais je ne pense pas que ça soit nécessaire pour être lu.

    • 5 avril 2016
      Répondre

      La dernière révélation, je n’y reviens pas. C’est le « bon sens » qu’on oublie tous (moi la première, parfois), qu’il était bon de rappeler.

      Sur la question du format de langage, nous savons qu’il n’y a pas que du parlé. Je suis la première à le faire lorsque je publie une nouvelle. Mais pour les argumentations, je ne suis pas d’accord. Oui, on a tendance à être plus littéraire, mais finalement, on oublie un détail : on s’adresse à quelqu’un, in fine. On cherche à argumenter auprès de quelqu’un, pas faire la conversation tout seul.

      Alors, ampoulée, ou non, la conversation existe. Et je rejoins ce que Stéphane (Gallay) dit plus bas en fait : c’est clairement une discussion finalement… Mais pas seulement le Web, l’écriture en général. C’est une conversation à sens unique (parfois/souvent), où l’un des intervenants est muet. MAIS, une conversation ^^

      En revanche, maintenant que j’ai aimé te chercher (t’as vu comme j’adore faire ça ?), je suis tout à fait d’accord pour dire que les deux sont adaptés. Seulement, l’un est plus difficile à maîtriser que l’autre. J’entends par là que l’un est plus difficile à rendre intéressant. Et, en tous les cas, il est trop étalé partout pour avoir ma sympathie, ou que je daigne lui faire une quelconque publicité x)
      Ce n’est effectivement pas une nécessité, mais avouons que beaucoup de textes gagneraient en intérêts s’ils se « poignardaient moins le cul avec une saucisse ». Hein ?

  4. 5 avril 2016
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    On en revient, quelque part, au Cluetrain Manifesto, ces 95 thèses lancées en 1995 et qui posent, en très résumé, que le web est une conversation entre de vraies personnes et pas une partie de bataille à coups de communiqués de presse formatés d’usine.

    • 5 avril 2016
      Répondre

      Du coup, je n’ai guère plus à dire que plus haut. En revanche, merci, parce que tu m’as intriguée. Je vais aller voir ça ^^

  5. thomas
    12 avril 2016
    Répondre

    Je plussoie complètement ! je vais lire le reste de tes articles !

    • 12 avril 2016
      Répondre

      Merci, j’espère que tu passeras un bon moment à les lire !

  6. 23 avril 2016
    Répondre

    C’est surtout au début, que c’est dur.

    On a du mal à se lâcher, être sincère dans son expression, et tout en recherchant à plaire au lecteur.

    C’est pour cela qu’il faut commencer à écrire, et laisser les mots s’enchaîner naturellement.

    De toute manière, dès que l’on a quelque chose à dire, les mots viennent, et peuvent se révéler intéressants du point de vue de la « musicalité ». Et comme tu le dis, si notre texte paraît chiant, le lecteur ne le lira pas, c’est une quasi-certitude 🙂

    • 23 avril 2016
      Répondre

      Ah, je ne suis pas d’accord : j’ai eu moins de mal au début, qu’à « une certaine époque ».
      Ecrire est naturel chez moi, je n’ai pas pris cette voie à cause de son aspect « communication et marketing », mais bien parce qu’écrire était 99% du taff ; ça peut donc jouer.

      Cependant, j’ai trouvé que les impératifs SEO (chez les clients qui aiment le bourrinage façon « remplissage de maman un dimanche pluvieux »), ou encore les impératifs de buzz (chez les clients ayant pour public les adorateurs de TPMP), là, ces impératifs-là ont été castrateurs pour l’exercice.
      Ce sont ces contraintes, souvent mal gérées par les rédacteurs qui entraînent une chiée de « tapeurs à l’ordinateur » qui ne savent plus qu’aligner les mots, sans même se rendre compte qu’ils finissent par être vides de sens.

      C’est, finalement, le plus gros challenge du métier : ne pas tomber dans la complaisance sémantique, et garder cette substance un peu vivante. Il faut non seulement avoir quelque chose à dire, mais surtout : prendre du plaisir à relire son idée.
      Quant au lecteur, je suis assez pessimiste : selon sa nature, il est assez con pour lire du bullshitage sans aucun but, la mine sérieuse, l’index sur la bouche, juste parce qu’il s’imagine que ça le rend plus intelligent.

      Mais c’est beau la diversité ^^

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