Entreprendre l’Autre

Dans « Entrepreneuriat », il y a le verbe « Entreprendre ». Généralement, on l’associe à « Entreprendre quelque chose », voyez… ? Mais, on oublie que l’on peut « Entreprendre une personne ». Oui, bon, c’est libidinal dit comme ça, mais partez du principe que vous comprenez ce que je veux dire ! Cet article, et cette réflexion, sont nés d’une mauvaise expérience d’hier. Placement du décor, on tamise les lumières s’il vous plaît !

Hier, avec David, nous sommes descendus à Saint-Raphaël pour le Visibility Web Day (le fameux #VWD d’hier). Nous avons assisté à tout plein de conférences intéressantes et efficaces, avec tout plein de têtes connues. Dont – pour ce ne citer que lui, car c’est le point de départ de cet article – Laurent Bourrelly. Vous me voyez venir ? On va donc parler d’un truc que doivent faire les Entrepreneurs, et que j’ai été fondamentalement incapable d’exécuter hier. Je prends le pari de ne pas être la seule dans ce cas, et c’est pourquoi je fais une analyse.

A la compétence « Réseauter », j’ai fait un Fumble

Un Fumble parfaitUn fumble, en Jeu de Rôle, c’est un score automatiquement raté. Rapidement pour votre culture, dans un système dit « D20 » (reposant essentiellement sur un Dé à vingt faces, donc), c’est faire « 1/20 ». Le pire score. La loose totale. L’action de merde qui va te retomber dessus. Ah, tu voulais attaquer cette gargouille avec ton épée ? Fumble, tu te la reprends dans les… Vous suivez ?

Reprenons. Donc, hier, du monde, de la papote, et à la fin, un petit apéro avec quelques résistants restés pour « réseauter ». Tout le monde arrive à taper l’incruste et la causette, mais moi… J’le sens pas. Voyez, en théorie, vous devez papillonner de groupe en groupe, échanger des mots, des cartes, des tranches de rire. Il n’y a donc rien de sorcier.

J’aurais souhaité dire au moins « Bonjour » à Laurent, et surtout « Merci », de vive voix, ça changeait, pour toute l’aide qu’il m’a apportée gentiment. C’est pas un super gros challenge, hein… Bah vous savez quoi ? J’ai fait un putain de Fumble toute la soirée !

Comment aborder une personne quand on est d’un naturel timide ?

 

Eh bah, je sais pas figurez-vous ! Je tentais de trouver « l’ouverture », parce que je n’aime pas forcer les choses. Et puis, finalement, j’ai laissé tomber, j’ai pris une bière, j’ai bossé sur un texte dans mon coin, et fin de l’histoire. Bravo pour le sens de la communication, on repassera.

Quand nous sommes rentrés, j’ai formulé ce qui m’avait retenue. Et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Stéphane (Briot), et au fait qu’il m’aurait tuée pour mon côté « bigorneau ».

Entreprendre, c’est sortir de sa zone de confort

Je parle de Stéphane, car l’Inkubateur aborde la question du « Bigorneau » comme il l’appelle, et du principe de « zone de confort ». L’idée étant qu’en tant qu’Entrepreneur, il faut savoir se faire violence parfois, quitte à prendre ce qui est pour nous « un risque » (ici, de passer pour une cruche anémique), et d’aborder les gens, les idées, de se lancer quoi.

Après tout, on n’a rien sans rien. Et Stéphane a un credo génial pour ça que je trouve très parlant :

« Tout part de vous, tout revient à vous »

Vous ne faites rien, il ne vous arrive rien. Vous faites/dites de la merde, vous reprenez ça dans la gueule. Et, pour notre « étude de cas », vous n’osez pas parler… Vous ne parlez à personne !

J’ai formulé, hier, tout un tas de « bonnes raisons » pour ne pas avoir osé :

  • J’avais peur de déranger
  • Je suis mal à l’aise quand il faut aborder les gens
  • Je ne savais pas quoi dire
  • J’avais peur d’être ridicule
  • J’avais peur de passer pour une « gamine trop collante »
  • Je ne me sentais pas dans mon élément
  • Je me sentais illégitime

Bref, j’étais pas dans ma zone de confort. On vient me voir ? Pas de souci. Mais l’inverse, n’imaginez pas une seconde que je puisse y penser. Ce sont des objections légitimes aux yeux de la personne qui les formule, mais concrètement… Concrètement, c’est stupide, et on s’en fout !

A ne pas oser. A ne pas vouloir me faire « violence » temporairement, à ne pas vouloir sortir de ma zone de confort, je n’ai, effectivement, pas pris le risque de passer pour tout ça. Mais

  • Je suis passée pour quelqu’un d’asocial
  • Je suis passée inaperçue
  • J’ai démontré que je n’étais pas prête

Pas besoin d’être un expert en communication pour savoir que le résultat a été plus négatif que si j’avais fait quelque chose. On en revient donc à Stéphane, et au fait que je suis heureuse qu’il ne m’ait pas vu faire… Il m’aurait pendue par les cheveux (que j’ai nombreux), jusqu’à ce que mort s’en suive.

Entreprendre les gens, pour les Nuls

Je suis très mal placée, du coup, pour proposer des pistes de réflexion. Mais je m’adresse aux timides, en tentant de trouver quelque chose :

  • Vous n’êtes pas plus illégitime qu’un autre. On va tous se rentrer ça dans le crâne, et la fois prochaine, on fera mieux !

J’ai observé les gens durant cet apéro. Globalement, ils ne montraient rien, et fonçaient dans le tas. David, qui est aussi timide que moi, mais beaucoup plus téméraire, a fait un truc très simple : il est rentré par une phrase bateau, a attendu que ça rebondisse en face, et après, ça coulait de source. Finalement, ça ne tient qu’à ça.

  • Je pense que pour les angoissés comme moi, il faut à tout prix éviter de « se voir en train de faire »

Ne vous mettez pas plus de pression en vous amusant à imaginer les réactions ou les pensées des autres. De base, votre avis est biaisé, puisque vous n’avez pas confiance en vous. Vous allez prêter des mots que l’Autre, n’aura pas forcément. Et puis s’il les a, c’est qu’il n’a aucune considération pour l’effort et la petite victoire que vous venez de faire !

Car, c’est une petite victoire, bordel !

  • Ne cherchez pas « l’ouverture »

Parce qu’elle ne viendra jamais. Je sais, je l’ai vu hier. Il n’y a pas de « bon ou mauvais » moment, je pense. Parce qu’encore une fois, vous voyez les choses de votre point de vue. Et, comme vous êtes nuls (bah, oui, vous en êtes convaincus), tout est négatif.

  • Ne cherchez pas non plus « la super phrase d’accroche »

Bon, ça j’ai pas fait, j’ai été tentée, mais rapidement, mon esprit aiguisé (eh oh ! J’dis c’que j’veux !), m’a vite recadrée. Instinctivement, je savais qu’entre mon idée de la phrase, et la façon de le dire, il y aurait un sacré delta, et en plus… Il n’y a pas de bonne phrase. On est ce que l’on est, point. Donc, on rentre dans le tas, comme en rugby, et on voit ce que ça donne. Un « Bonjour », c’est déjà bien.

  • Il n’y a pas de « J’ai rien d’intéressant à dire »

Vous n’êtes pas tout seul à faire la conversation. C’est un truc que je sais, mais que je n’ai pas mis en pratique. C’est vrai finalement, vous allez lancer votre introduction de vous-mêmes, et les autres se chargeront de rebondir. Ce n’est pas parce que c’est « Professionnel », que vous allez devoir faire une thèse en direct sur votre métier, ou avoir à démontrer vos compétences. Relax.

Conclusion : le challenge pour la prochaine fois

Finalement, l’Entrepreneuriat, ce n’est pas que de grosses victoires, ou de gros échecs. Et tout ceci ne concerne pas toujours votre chiffre d’affaires. Par exemple, hier, j’ai échoué sur ma communication. C’est pas un drame, mais ça me pèse.

Donc, la prochaine fois, je vais appliquer mes petites idées, et je remporterai ce petit challenge. On ne va pas ériger une stèle en mon honneur pour ça. Mais, moi, je saurai que j’aurai réussi à sortir de ma coquille, que j’aurai réussi à remporter cette petite victoire sur moi.

Gardons à l’esprit que nous ne sommes pas tous des super-héros, et que nous ne sommes pas obligés d’en être ! L’important, finalement, c’est de se respecter, d’avancer, même lentement, mais d’avancer.

Aller, promis, la prochaine fois, j’ose l’accroche imparable :

« Hey, salut, toi aussi t’aimes le Web ? Super on a trop en commun, tu veux être mon ami ? »

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

2 commentaires

  1. 4 février 2016
    Répondre

    Je confirme ton super pouvoir d’invisibilité car je ne vois même pas où tu pouvais te planquer dans ce bar aux néons fracassants.

    Cela dit ça m’aurait fait plaisir de papoter IRL, mais j’ai l’impression d’avoir loupé un paquet de conversations hier. Même avec certains qui m’ont salué, je n’ai pas eu le temps de converser.
    Même avec certains avec qui je devais causer business, nous n’avons pas réussi à trouver un moment tranquille.

    Après il y a eu transfert vers le bar d’en face en plus petit comité et le Mojito a commencé à fleurir sur le bar.
    C’était peut être plus facile dans ces conditions car le Mojito annule les super pouvoirs d’invisibilité de timidité.

    Pour l’accroche, un simple « salut Laurent c’est Camille suffit » et pour tes objections, sache que je ne suis pas une vraie rockstar qui fuit dans sa loge escortée par des gardes du corps.
    Si j’invite tout le monde à nous rejoindre à l’apéro c’est pour vous rencontrer. C’est pour ça que je suis venu.

    Btw ta légitimité existe puisque c’est moi qui ait demandé que tu montes en compétences sur certains aspects du métier pour remplir mon besoin.
    J’ai même des besoins ultra urgents pour de la rédaction de cocon et on parle milliers de pages.

    Encore une fois les rencontres lors de cet event se sont soldées par un semi échec car je n’ai pas vu ou simplement effleuré la poignée de mains de plusieurs personnes avec qui je devais absolument discuter.
    Reste la satisfaction d’avoir passé une super soirée avec les potes, mais on peut faire ça sans événement autour.

    C’est vrai aussi que ça peut faire tribu quand on se rassemble. C’est compréhensible que s’introduire dans le cercle des sorciers peut paraître compliqué.

    Cela dit, si tu veux une astuce pour être sûre de te faire repérer, il fallait se présenter avec un bakchich alcoolisé. C’est toujours un winner.

    Mais bon ce n’est que partie remise.
    Je dois aller à Nice chez mes copains Qwant et il paraît que les apéros SEO valent le détour.

    Bref, je n’ai pas la recette pour vaincre la timidité, mais c’est gênant d’apprendre qu’on n’ose pas m’aborder.
    Je suis vraiment un mec supernormal.

    • 4 février 2016
      Répondre

      Merci pour ton retour, il est méga intéressant, parce que tu évoques « l’autre côté ».

      Et c’est marrant, mais hier quand on en a parlé avec David, il me disait qu’il pensait justement ta situation délicate. Tu le confirmes par ta dernière phrase.
      Alors, ouais, il y a cet aspect de « Oh la la, c’est Laurent Bourrelly », c’est vrai. Mais à titre personnel – et je pense que c’est le cas des timides en fait – tout le monde nous semble être « Un Laurent Bourrelly ». J’ai salué Lionel, car il m’avait vue manger une fondue l’année dernière au SEOCamp (on était donc pratiquement intimes, du coup XD). Mais, Pierre, Paul, ou Jacques, nada.

      Bon, la bonne nouvelle, c’est que mes cheveux ne sont pas aussi volumineux que je l’imaginais. Ou bien trop, peut-être ? J’vais me reconvertir en cousin machin.

      Je t’ai mentionné, parce qu’effectivement, j’aurais aimé te dire « Merci » irl. Et parce que le fait que je te parle en ligne, facilitait l’approche, théoriquement. Mais c’est beaucoup plus délicat à mettre en oeuvre, finalement.

      Ce qui est frappant, c’est le delta entre la communication par Internet et la communication réelle. C’est ce qui fait que cet outil est aussi efficace : les timides peuvent plus facilement s’exprimer. A un point tel, qu’on ne les imagine pas « timides » irl ^^’

      Mais je n’en resterai pas là, il va bien falloir que j’apprenne. Que nous apprenions tous, puisqu’on est nombreux dans ce cas. J’ai déjà des pistes d’accroches, Sébastien Pierrepack me suggérait la version « Inconnus » :

      « Et m’zelle, je te paie un verre ? ou tu dînes chinois ou chez moi. »

      A voir. Mais la prochaine fois, j’aurais de quoi faire une chronique « Gonzo » sur les techniques d’approche. Ce qui marche, ce qui ne marche pas. Le fameux « J’y vais, j’y vais pas », qui peut s’appliquer ici aussi !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *