Entrepreneuriat : le choix d’Achille

Cette idée d’article m’est venue lorsque je visionnais l’une des vidéos disponibles de la formation Koudetat, qui est actuellement gratuite. Au cours de la conférence filmée, l’intervenant utilise un élément de la mythologie antique pour poser une question fondamentale à l’entrepreneur. Entre le bonheur et la gloire, que choisissez-vous ? Ça m’a interpellée, et j’aimerais revenir sur cette idée.

Qu’est-ce que le choix d’Achille ?

Au cours de la vidéo, la personne fait mention d’un passage de l’Illiade, que je n’arrive pas à retrouver. Mais, à force de farfouiller, il semblerait que ce passage (que l’on retrouve dans le film Troie *tousse*), existe bel et bien dans la mythologie Grecque puisque de nombreux sites spécialisés en parlent.

Pour vous la faire courte : Achille, fils du roi Pélée, et de Thétis une Néréide (nymphe des eaux, excusez du peu…), n’a pas seulement la carrure d’un héros divin, ou même la permanente surfaite de Brad Pitt –à l’épreuve de la guerre, non. Il est invulnérable, protégé des dieux, équipés par les dieux (ses armes et son armure sont forgés par Héphaïstos en personne), mais il est également promis à un destin fantastique.

Juste avant la guerre de Troie, un oracle dit à sa mère que cette guerre ne peut être gagnée sans le concours de son fils. Malheureusement, elle lui explique aussi que si le rouquin (car il est roux dans l’histoire) y va, il y mourra. Il est communément admis que la mère tentera de le cacher, en vain.Achille choix entrepreneuriat

On prête alors à Thétis et à Achille une conversation, que nous appellerons « Le choix d’Achille ». Lors de cet entretien, Thétis expliquera à son fils que deux destins s’offrent à lui : le premier étant d’avoir une vie paisible et rangée. Famille, enfants, le chien, tout ça. Destin agréable, teinté de bonheur, mais qui fera tomber le nom d’Achille dans l’oubli.
Ou bien : Il part à la guerre, permet de la gagner, y meurt salement… Mais entrera dans l’Histoire pour les siècles prochains.

Vous connaissez la suite, notre gaillard veut la gloire, il y va, perd son amant « ami » Patrocle, défonce Hector, et se fait tuer bêtement par Paris. Et tout le monde connaît Achille aujourd’hui !

Le parallèle entre l’entrepreneur et Achille

Revenons-en à la vidéo. Il est simple de comprendre que l’on peut transposer ce choix à pratiquement toutes les situations. Ici, nous allons parler du choix que doit faire tout entrepreneur avant de se lancer.

Vous avez un projet, dont vous souhaitez en vivre, il va sans dire, et vous vous lancez. Au cours de votre périple, vous rencontrerez de nombreuses personnes qui vous abreuveront de conseils. Mais, attention, tous ne sont pas bons à prendre si vous n’avez pas pris le temps de répondre à cette simple question :

Entre le bonheur d’une vie de famille sans célébrité, et la gloire éternelle des héros, que choisissez-vous ?

Entrepreneur succès

C’est le fameux « choix d’Achille ». J’vous dis pas que vous allez mourir à la guerre. Je vous dis en revanche que votre business doit répondre à ce choix. Vous n’allez pas travailler de la même manière, actionner les mêmes leviers, selon votre réponse !

Ainsi, si vous choisissez le bonheur, et que vous vous heurtez à l’incompréhension des gens qui choisiraient la gloire, vous allez devoir faire preuve de conviction polie à leur égard. Car ils vous pousseront à atteindre une destinée que vous ne souhaitez pas nécessairement.

L’importance de répondre à cette question

Avancer entrepreneurCe passage de la vidéo m’a énormément parlé et intrigué. D’une part, parce qu’il n’y a aucun « bon choix » possible. Cela reste à la discrétion de chacun. Et d’autre part, parce que le fait de connaître son véritable objectif permet de mieux l’atteindre.

Si, mettons, vous avez pour but d’être ultra-influent, de générer de sacrés revenus avec votre blog/business, et d’être reconnaissable dans votre milieu ; il est évident que vous allez activer des leviers correspondants ! Vous allez multiplier les canaux de communication, réseauter à n’en plus pouvoir, et viser à vous imposer comme référence.

En revanche, si vous souhaitez simplement vous éclater dans  ce que vous faites, en vivre décemment, sans pour autant chercher l’interview à TF1, vous n’allez pas travailler et faire grossir votre business de la même manière.

Prendre une Aston Martin quand on veut simplement se rendre au Huit à Huit est excessif, non ?

Ici, c’est pareil. Savoir ce que vous désirez, vous permet de définir où vous voulez aller, et donc : comment. Cela permet également de savoir quel entrepreneur vous êtes. Question essentielle de votre histoire. Car votre business ne sert pas seulement vos intérêts, mais également vos valeurs. Etre raccord avec ses désirs et ses priorités permet d’éviter de nombreuses frustrations, mais permet également d’éviter de se perdre en cours de route, pour n’arriver finalement nulle part.

Serez-vous surpris par votre réponse ?

Je vais vous poser deux questions. Dans le désordre. Avant de répondre à la seconde, croyez-vous que cette réponse va vous surprendre ? Cela aussi est important. Car c’est un très bon indicateur de votre connaissance de vous-même ! Et, dans la mesure où vous êtes votre propre ennemi et allié, il est nécessaire que vous connaissiez vos aspirations profondes.

En regardant la vidéo, j’ai mis sur « pause » pour répondre. Je ne me suis pas surprise. En revanche, je me suis rassurée. Ma réponse est « le bonheur ». Oui, sans hésiter, je choisis le bonheur à la gloire. Ce qui n’a rien de moral, ou d’amoral, entendons-nous bien. Mais le fait de me le redire m’a rassuré quant à mes objectifs et mes choix. Je répondais cela il y a un an et aujourd’hui, je suis toujours du même avis. Cette cohérence est agréable, et étrangement, cela m’a permis de dédramatiser mon travail.Entrepreneur malin

Le « succès », la « réussite » sont des choses subjectives. Pour certains, cela sera la renommée. D’autres, l’argent gagné. J’ai rencontré des personnes qui plaçaient la réussite sur la culture, et puis aussi des gens qui la plaçaient sur la satisfaction personnelle… Bref, si je comprends bien, pour réussir, il faut savoir quelle définition l’on met dedans. Et pour cela, il faut savoir quel choix on ferait.

Et vous, entre le bonheur et la gloire, que choisissez-vous ?

 

Camille Écrit par :

Actuellement : Zerg de mauvais poil Evolution ultime : Mutalisk relativement polie Vend les mots comme du bétail, prostitue les idées, et maltraite son clavier. Ecrit parfois pour de vrai, quand on lui fout la paix.

5 commentaires

  1. 10 mai 2016
    Répondre

    C’est toujours la grosse question à n’importe quelle problématique impliquant une décision à prendre : « que suis-je prêt à sacrifier ? ».
    Perso, je ne vois que deux façons d’y répondre : avec le cœur, ou avec la tête. Et chacune de ces deux réponses implique des sacrifices.
    Après t’y colles le maquillage que tu veux : du blush cartésien, du fard spirituel, du liner moral, du lipstick culturel, etc., ça ne change en rien la question de la part des possibles que tu as sacrifiée…

    • 10 mai 2016
      Répondre

      C’est très vrai, et joliment dit !

      Au final, tu mets ce que tu veux par-dessus pour vivre avec ton choix 😉

  2. Maman
    24 mai 2016
    Répondre

    Ce qui revient à se demander quel individu on est / quel individu on veut être (ce qui n’est pas la même chose), et comment concilier les deux / en mettant en œuvre quels efforts (ou effets).

    La frustration est un des plus puissants moteurs de réalisation (qu’importe le domaine), à condition d’être raccord entre celui que l’on est et celui que l’on veut être. En cas de schizophrénie irrémédiable entre les deux, bonjour les frustrés avides de pouvoir, de conquêtes et d’argent (cf tous les névrosés de l’Histoire, jusqu’aux plus contemporains, genre nain à épaules énervées, meilleur dans tous les sports à 63 ans, astre de la planète pour peuple affamé, candidat putatif à une élection présidentielle en perdition dans un hôtel de New-York, conducteur approximatif de scooter dans le 8e…), et donc bonjour les dégâts sur les autres, voire sur le bas peuple en cas d’ascension d’échelle sociale et d’atteinte du pouvoir…
    Une remarque en passant : se poser la question est un très fort indice que l’on n’a pas basculé du côté obscur de l’Humanité (ou du Sofitel, de Pyongang, de Moscou, de Paris…).

    La patelle du bigorneau 😉

    • 24 mai 2016
      Répondre

      Totalement !

      Et je pense que cette question – qu’on doit se poser continuellement – est plus qu’un garde-fou, c’est aussi une perpétuelle vérification de qui l’on est, et de ce que l’on devient. Parce qu’au contact de ses réalisations (personnelles, professionnelles), on peut se rendre compte soit que l’on s’est trompé à l’origine sur nos désirs, soit sur les objectifs à atteindre. Il arrive, parfois, que le but ne soit pas si reluisant que prévu et génère de la peine, etc.

      Sur le volet de la frustration, on est totalement d’accord ! Tu me connais (à force), mais je pense qu’une grande part de la quête de pouvoir provient d’une frustration sexuelle et personnelle. Sur le « sexuelle », on laissera Freud où il est. Sur le « personnelle » je voulais surtout parler de réalisation de soi. Avec une bonne moitié de population (si ce n’est plus) capable de renoncer à leur autodétermination (à leur souveraineté, etc. Et je ne parle pas de Politique) ; bref, à refuser sa propre existence sans en passer pour une (nécessairement supérieure), c’est pas étonnant !

      A force de refuser d’être, on n’est plus capable de dire « Je suis ». Tout juste l’on babille du « je » à outrance (comme moi, ici, et j’aime ça) partout, à l’aide de tout média nous tombant sous la main. Et, instinctivement, ça nous frustre.

      Ça donne de gros dégâts à grosse échelle, comme tu viens de le dire, et des « plus petits », à l’échelle d’une famille. D’un couple. D’un emploi. Ou même d’un passage en caisse. Et, comme je crois foncièrement en la corrélation entre pouvoir et consommation (car je pense que l’opulence, même limitée et pathétique – au sens strict, est une recherche de pouvoir, plus qu’un signe) je suis persuadée que tous ces travers – exacerbés par notre époque – résultent en réalité d’un problème d’ego. Malmené, inexistant, indéfini. Peut-être.

      J’espère être compréhensible pour les autres, toi, t’as l’habitude 🙂

      La baleine sous le gravillon salue le bigorneau résistant à la marée !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *